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« A court terme, l’effet positif des vaccins risque de ne pas suffire pour compenser l’impact délétère des variants »

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Chercheur en épidémiologie à l’Institut Pasteur, spécialisé dans les modélisations mathématiques, Simon Cauchemez est membre du conseil scientifique mis en place il y a un an par l’exécutif pour l’éclairer sur la pandémie de Covid-19. Les projections inquiétantes qu’il avait alors présentées avaient contribué à l’instauration du premier confinement. Il revient sur l’année écoulée et sur ce que les modèles permettent d’entrevoir de l’évolution de la pandémie.

Le 15 mars 2020, vous annonciez dans Le Monde que le SARS-CoV-2 pourrait faire entre 300 000 et 500 000 morts en France. Un an plus tard, on est à moins de 100 000. Certains vous accusent de vous être trompé. Est-ce le cas ?

Non, nous ne nous sommes pas trompés car ces chiffres étaient avancés pour illustrer l’hypothèse où rien ne serait fait pour enrayer l’épidémie. Or évidemment des mesures très fortes ont été prises. Dans le premier avis du conseil scientifique, nous étions prudents et parlions de quelques centaines de milliers de morts si rien n’était fait. Dans ce scénario, on s’attendait à ce que plus de 50 % de la population soit touchée par le virus. Aujourd’hui, avec 85 000 morts pour, selon nos estimations, environ 17 % de personnes infectées, nous voyons par une simple règle de trois que le Covid aurait en effet pu causer des centaines de milliers de morts. Nous donnions aussi une létalité [la proportion de décès parmi la population infectée] située entre 0,5 % et 1 % et c’est ce qui a été confirmé depuis. Même avec les connaissances actuelles, je ne changerais pas le texte de ce premier avis.

Lire aussi Coronavirus : les simulations alarmantes des épidémiologistes pour la France

Quelles différences ou ressemblances voyez-vous avec la situation épidémique actuelle ?

L’une des grandes différences est que désormais on connaît mieux le virus et que nous avons une image plus précise de l’épidémie grâce aux tests et à des données bien plus nombreuses et détaillées. Mi-mars 2020, les outils de surveillance n’étaient pas en place et pour calibrer nos premiers modèles, on n’avait guère qu’un ou deux points de mesure…

La ressemblance que je vois est que, même si l’on a beaucoup appris, ce virus continue à nous surprendre. Cela nous replonge dans l’incertitude, nous force à réévaluer ce qu’on croit savoir et nous oblige, nous scientifiques, à renouveler nos approches. Les variants par exemple viennent tout perturber. En décembre 2020, nous avions l’impression de sortir d’une situation difficile et avions l’espoir de pouvoir contrôler l’épidémie. Les mesures comme le couvre-feu semblaient efficaces contre le virus dit « historique », mais le variant identifié en Angleterre change la donne, inquiète et remet en question nos connaissances.

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