Justice

Aux assises de Lyon, la rage meurtrière d’un mari violent, que personne n’a su arrêter à temps

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Le film enregistré par la vidéosurveillance de l’entreprise de la victime, diffusé lors de l’audience, dure deux minutes et cinquante secondes. On y voit Bernadette traverser le parking de son entreprise de conditionnement, le 25 juillet 2019, à 7 h 14, à Vénissieux, dans la métropole de Lyon. L’ouvrière court et lève les bras au ciel, visiblement affolée, lorsque surgit dans son dos une voiture noire. La Peugeot 4007 franchit le portail, rattrape la jeune femme, la percute et l’écrase contre le mur du bâtiment. La voiture tourne, recule, et repasse sur le corps à deux reprises. Le conducteur descend calmement, s’approche de son épouse disloquée, la pointe du doigt, et l’invective. Puis il repart. L’image se fige. Tous les regards se focalisent sur la victime anéantie, en bas de l’écran.

La séquence muette montre l’évidente volonté de tuer, et la violence archaïque dont parlent les experts. Dans sa logique narcissique, le mari décide sans états d’âme de supprimer sa femme, pour éviter à tout prix « le risque de l’effondrement massif de sa personnalité », résume Guillaume Chaboud. Le psychologue décrit un homme rigide, ordonné, peu émotif, « obsédé par la possession de l’autre, par peur d’être lâché ». Tous les éléments du processus d’emprise observé dans les féminicides semblent réunis dans l’histoire de Gilou Rakotoasimbola, qui a été condamné à vingt-cinq ans de réclusion par la cour d’assises de Lyon, vendredi 21 mai. Surveillance, téléphone coupé, isolement, exigences sexuelles, l’homme a imposé un contrôle permanent sur sa jeune épouse, venue de Madagascar en 2014.

« Mesure forte »

Bernadette a voulu desserrer l’étau à partir d’avril 2018, en poussant la porte de l’association Violences intrafamiliales femmes informations libertés (VIFFIL). Accompagnée d’une nièce et d’une sœur, elle a décrit des violences morales et physiques, le contrôle de ses horaires et les fouilles de son sac. Opérateur institutionnel dans l’aide aux femmes battues, l’association a enclenché une demande d’hébergement, en essayant au mieux d’accompagner l’épouse tiraillée entre l’idée de se séparer et un désir de grossesse. L’association s’interdit de précipiter les choses, et évite d’appeler les femmes chez elle, pour ne pas les mettre en danger, cherchant des solutions au rythme des demandes formulées. De longs mois ont passé avant que Bernadette ne reprenne contact, dans un contexte aggravé.

Elle dépose une plainte le 8 juillet 2019, décrivant une tentative de strangulation. Elle dit s’être évanouie sous la pression des mains de son mari sur sa gorge. Après une garde à vue, ce dernier est placé sous contrôle judiciaire le 10 juillet. Il a interdiction de rentrer en contact avec elle, jusqu’au procès pour violences conjugales, fixé en octobre au tribunal correctionnel.

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