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faux pas interdit pour les Bleus sur le chemin olympique

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Guillaume Gille, sélectionneur de l’équipe de France de handball, lors du match contre la Suisse au Mondial égyptien, le 18 janvier au Caire.

L’équipe de France masculine de handball chemine vers Tokyo sur une ligne de crête, celle qui peut lui ouvrir la voie des Jeux olympiques comme la précipiter dans le vide. Les Bleus affronteront successivement, du vendredi 12 au dimanche 14 mars, la Croatie, la Tunisie et le Portugal lors d’un tournoi de qualification olympique (TQO) à Montpellier. Seuls deux sésames seront distribués pour le Japon (du 23 juillet au 8 août). Un échec, un an après l’humiliation de l’Euro, où les Bleus n’avaient pas dépassé le premier tour, plongerait le handball français dans une crise profonde et inédite.

Mais « une flamme s’est rallumée », veut croire Philippe Bana, le président de la Fédération française de handball (FFHB), qui se dit « rassuré sur l’avenir » de son sport. Les Bleus vont mieux. Il y a un mois et demi, ils ont répondu aux critiques en s’invitant dans le dernier carré du championnat du monde en Egypte. « Les pendules ont été remises à l’heure sur le niveau de jeu de l’équipe », souffle le dirigeant marseillais.

Encore convalescents, les hommes de Guillaume Gille ont toutefois manqué de solidarité collective, de génie individuel, mais surtout de ressort physique, pour espérer la médaille de bronze. Le sélectionneur en convient : « On a été capables de dominer des très grands pays, on a renversé des situations folles, mais les deux derniers matchs du Mondial laissent un sentiment d’inachevé, un goût un peu amer », analyse-t-il aujourd’hui avec le recul, prévenant d’emblée que « la semaine de préparation au TQO n’a pas permis de tout régler » :

« Nous disposons de trop peu de temps de travail pour ouvrir de nouveaux chantiers. »

Lire aussi Mondial de handball : les limites des Bleus

Bêtes blessées

Le Drômois a récupéré des joueurs éprouvés par le rythme – infernal – des matchs dans leurs clubs respectifs, comme en Ligue des champions, menée tambour battant. L’entraîneur devra encore se passer du Parisien Elohim Prandi, touché à la cheville gauche au début de mars, après avoir déjà manqué le Mondial en raison d’une épaule douloureuse, et sera toujours privé de Nikola Karabatic (genou), le maître à jouer des Bleus.

Guillaume Gille, qui peut toutefois compter sur les retours de Luka Karabatic et Timothey N’Guessan – blessés lors du tournoi égyptien –, s’appuiera peu ou prou sur un groupe restreint, composé d’une vingtaine de joueurs, le même dont il disposait sur les bords du Nil, où, souligne le sélectionneur, « certains ont marqué des points ».

Dans la Sud-de-France Arena de Montpellier, les Bleus, favoris du TQO, devront toutefois faire attention à l’orgueil de bêtes blessées. La Croatie, vice-championne d’Europe en titre, n’a été que l’ombre d’elle-même lors du Mondial, humiliée par l’Argentine au tour principal (défaite 23-19) ; la Tunisie, place forte du handball en Afrique, a terminé la compétition à une anonyme 25place, pire résultat de son histoire ; quant aux Portugais, endeuillés par la mort récente de leur gardien de but Alfredo Quintana, ils seront revanchards après avoir reçu une leçon de handball en Egypte (32-23) de la part de ces mêmes Bleus qu’ils avaient souvent fait déjouer au cours des derniers mois.

Guillaume Gille, sélectionneur de l’équipe de France de handball, lors du match contre la Suisse au Mondial égyptien, le 18 janvier au Caire.

« Dans ces tournois à quatre, avec une formule de compétition un peu folle [trois matchs en trois jours], celui qui a l’étiquette de favori est rarement celui qui ressort avec le titre », prévient Guillaume Gille. Philippe Bana abonde et rappelle le danger que représentent des équipes « surmotivées » par la qualification pour les Jeux olympiques – le « Graal ultime » pour toutes les nations –, qui plus est dans une salle vide de spectateurs derrière les Bleus en raison de la crise sanitaire.

« La période du Covid et des huis clos a tendance à niveler les valeurs », ajoute le patron du handball français, qui se garde de tout excès d’optimisme avant le tournoi. Même s’il ne sent pas de peur ou d’angoisse de l’échec au sein du groupe France, juste « la pression d’une obligation de résultat ». « On a conscience de ce que représente l’idéal olympique pour le handball », assure Bana.

« L’ambition n’empêche pas l’humilité »

L’obtention du billet pour Tokyo validerait l’« opération reconstruction » entreprise par Guillaume Gille depuis qu’il a succédé à Didier Dinart il y a un an à la tête des Bleus. Une année à patienter, à cause du Covid-19, avant de pouvoir diriger l’équipe en match officiel pour la première fois contre la Serbie, au début de janvier. Une année de stages annulés, passée à faire et défaire les plans prévus, à espérer pouvoir imprimer sa marque sur le groupe, avec aussi des doutes et parfois du découragement.

« Je me savais capable d’adaptation, la crise m’a poussé dans mes derniers retranchements », ironise Guillaume Gille. Sa période d’essai, le sélectionneur l’aura finalement passée en Egypte, d’où il repartira avec la fierté d’avoir permis à l’équipe de France de réintégrer le gotha mondial. Mais au TQO, l’ancien international sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur. Une non-qualification pour les Jeux de Tokyo constituerait une déflagration dans le sport français.

En trente ans, depuis la médaille de bronze décrochée à Barcelone par Jackson Richardson et ses partenaires en 1992, jamais l’équipe de France – 13 fois médaillée sur les 18 dernières compétitions internationales – n’a manqué une seule édition olympique, décrochant l’or à deux reprises, en 2008 et 2012, et l’argent en 2016.

« Le haut niveau, c’est très fragile, il y a encore du chemin dans la reconstruction », affirmait prudemment Patrice Canayer, en janvier pendant le Mondial. L’emblématique coach de Montpellier suggérait alors d’avancer avec « beaucoup de confiance mais aussi beaucoup d’humilité ». Des mots repris à son compte par Guillaume Gille – « L’ambition n’empêche pas l’humilité » –, qui ne se voit pas autrement qu’avec une médaille olympique autour du cou l’été prochain. A condition de ne pas dévisser ce week-end sur le chemin étroit qui mène à l’Olympe.

Analyse : Guillaume Gille, le « général sans bataille » du hand français



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Nakodal

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