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La Superligue du football européen en questions

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Des supporteurs manifestent contre la participation de leur club à la Superligue, devant le stade, à Liverpool (Angleterre), le 19 avril.

Le football européen navigue en eaux troubles. Les dirigeants de l’Union des associations européennes de football (UEFA) sont confrontés à leur plus grand cauchemar : une concurrence fomentée par douze des plus grands clubs continentaux. Ils sont trois espagnols (le Real Madrid, le FC Barcelone et l’Atlético Madrid), six anglais (Manchester United, Arsenal, Chelsea, Liverpool, Manchester City et Tottenham) et trois italiens (la Juventus Turin, le Milan AC et l’Inter Milan) désireux de faire naître une compétition d’un genre nouveau, dans l’entre-soi et à leur profit, loin de l’incertitude sportive et de l’idée originelle de la Coupe d’Europe, déjà mise à mal depuis les années 1990 par les réformes successives de la Ligue des champions.

Beaucoup de questions entourent cependant encore ce projet.

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  • Pourquoi ces douze clubs veulent-ils faire sécession ?

Les fondateurs de la Superligue veulent gagner plus. Plus d’argent. Davantage que les 2 milliards d’euros distribués par saison dans le cadre de la Ligue des champions. Leur communiqué revendique le soutien de la banque américaine d’investissement JP Morgan. Ils escomptent un premier versement de 3,5 milliards d’euros. Avant d’espérer atteindre, à terme, 10 milliards d’euros de revenus, grâce à la manne télévisuelle. Mais sans préciser à partir de quelle saison, et dans quel laps de temps.

Pour les clubs concernés, l’intérêt d’une telle compétition réside surtout dans l’annihilation de ce qui fait encore l’essence du football en Europe : l’incertitude sportive. Tel que le projet est conçu, la grande majorité des participants (quinze sur vingt) seraient assurés d’y participer, saison après saison, quelles que soient leurs performances au sein de leurs championnats nationaux respectifs.

  • Quelle riposte envisage l’UEFA, l’autorité européenne du football ?

Si l’ombre de cette « ligue fermée » planait depuis des années sur la Ligue des champions, elle a pris forme subitement en une nuit, à travers un communiqué publié après zéro heure lundi 19 avril. Du côté de l’UEFA, l’annonce a été prise pour ce qu’elle est : une déclaration de guerre. Son président, le Slovène Aleksander Ceferin, a organisé la première contre-attaque, féroce, lors d’une conférence de presse, lundi. « Ce projet est un crachat au visage des amoureux du football », a-t-il asséné, avant de lancer : « Ces clubs ne s’intéressent pas aux nombres de buts, mais aux chiffres inscrits sur leurs comptes en banque. Si vous respectez vos fans, arrêtez ! »

Le président de l’UEFA, Aleksander Ceferin, lors d’une conférence de presse à l’issue de la réunion du comité exécutif de l’UEFA, à Montreux, le 19 avril.

Sens du timing, l’instance continentale s’apprêtait à adopter son nouveau projet de réforme de la Ligue des champions. Ce qu’elle a fait quelques heures après le lancement des hostilités. Cette concession de plus à l’appétit des puissants avait pourtant été négociée, jusqu’à fort récemment, avec les présidents de plusieurs des clubs sécessionnistes : le Turinois Andrea Agnelli, le Madrilène Florentino Perez ou le Mancunien Bob Woodward.

« On a peut-être été naïfs de réchauffer un serpent en notre sein », a reconnu Aleksander Ceferin. Ce qui n’empêche pas l’ancien avocat pénaliste de retrouver son mordant quand il s’agit de défendre son pré carré : « Nous ferons la nouvelle formule [de la Ligue des champions] avec ou sans ces clubs. Mon opinion, c’est qu’ils doivent être bannis aussi vite que possible de toutes les compétitions. »

  • Des joueurs seront-ils privés d’Euro ou de Coupe du monde ?

Il s’agit du gros bouton rouge sur lequel Aleksander Ceferin dit être capable d’appuyer. « Les joueurs qui joueront dans la Superligue ne pourront pas jouer la Coupe du monde et l’Euro », prévient le président de l’UEFA.

Cette menace pourrait déclencher une bataille juridique. En décembre 2020, la Cour de justice de l’Union européenne a jugé « disproportionnée » la décision de l’Union internationale de patinage (ISU) de priver, entre autres sanctions, de Jeux olympiques des patineurs de vitesse néerlandais prêts à disputer une compétition privée (Icederby).

Faut-il y voir une jurisprudence ? « La situation n’est pas comparable ; la Superligue risque de concurrencer les compétitions de l’UEFA ce qui n’était pas le cas d’Icerberdy avec l’ISU », prévient Antoine Duval. Ce spécialiste de droit européen du sport à l’institut Asser de La Haye (Pays-Bas) connaît bien le dossier pour avoir représenté les patineurs inquiétés. « On pourrait déduire de ce précédent qu’il existe un problème dans le calendrier et que l’UEFA a un intérêt légitime à agir. La vraie question est de savoir quel type d’action est proportionné. »

Lire aussi : Les footballeurs dans l’attente d’une possible bataille juridique autour du projet d’une Superligue

Pour éviter d’être victime d’un temps judiciaire toujours plus lent que le temps sportif, le juriste évoque la possibilité « d’une injonction de la part d’un tribunal national à la demande d’un club de la Superligue pour bloquer les sanctions prises par l’UEFA », dont il doute de la volonté de passer à l’acte dès l’Euro de juin. « Les deux clans vont se regarder en chiens de faïence et commencer à poser leurs pions juridiques », assure-t-il. Le plus grand flou demeure en revanche pour le Mondial 2022 au Qatar.

  • Pourquoi le PSG et le Bayern Munich n’ont-ils pas rejoint les douze ?

Récents adversaires en Ligue des champions, le PSG et le Bayern restent dans le camp de l’UEFA. Pour l’instant. Le président munichois, Karl-Heinz Rummenigge, a déclaré, sur le site officiel de son club, accueillir « avec beaucoup d’engouement la réforme de la Ligue des champions ». Faut-il y voir un légitimisme de façade – il concédait en début d’année au quotidien Bild « avoir eu des échanges » sur ce dossier – ou la crainte d’affaiblir un championnat allemand, qui n’a jamais été aussi rayonnant ? Autre club allemand pressenti, le Borussia Dortmund a décliné l’invitation, alors que le RB Leipzig a aussi fermé la porte.

Nasser Al-Khelaïfi n’a pas encore réagi de son côté. Associé aux discussions avec les sécessionnistes, le président du PSG avait pris ses distances dernièrement. Un choix qui peut s’expliquer par ses multiples casquettes. « NAK » dirige aussi BeIN Media Group, le diffuseur qatari de la Ligue des champions dans plusieurs pays.

A moins de deux ans de la Coupe du monde organisée sur son territoire, le Qatar – où Nasser Al-Khelaïfi prend ses ordres – se passerait bien d’un conflit avec l’UEFA et avec la Fédération internationale de football association (FIFA), tout en souhaitant que sa vitrine parisienne continue à affronter les grands d’Europe. Face à ce dilemme, le PSG devrait dans un premier temps rester attentiste et observer dans quel sens va tourner le vent de l’histoire.

  • Comment cette nouvelle compétition sera-t-elle financée ?

C’est le nerf de cette guerre à venir. La possible manne que pourrait générer une ligue fermée a poussé les clubs à franchir le pas. Selon un document de travail circulant depuis le début de l’année, chaque club pourrait toucher 350 millions d’euros, simplement pour prendre part à la compétition. Cette mise de départ est assurée par la banque JP Morgan, qui a confirmé, lundi, qu’elle allait financer le projet.

La Superligue vise surtout une hausse notable des droits télévisés, espérant attirer les diffuseurs par la qualité de ses affiches. Mais aucun n’a pour l’heure attaché son nom au projet. Car le sujet est sensible : cette nouvelle compétition pourrait chambouler l’équilibre des droits télévisés partout dans le monde.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Le projet de Superligue n’est jamais que le stade ultime d’un football européen mondialisé »

« Avec le Covid-19, chaque diffuseur a obtenu un rabais à cause des reports ou de l’absence des fans, souffle un proche des négociations des droits télévisés. Imaginez ce qu’il en sera si cette Superligue advient : ça changera complètement le produit que vous avez acheté. Chaque diffuseur, dans le monde entier, sera en droit de renégocier tous ses contrats avec toutes les ligues. »

Si cette révolution venait à être télévisée, plusieurs compétitions – comme le championnat de France – pourraient pâtir des conséquences.

Lire aussi Nos réponses à vos questions sur la Superligue de football : « Ce projet fait disparaître la glorieuse incertitude du sport »



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Nakodal

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