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« L’environnement est le grand impensé du plan cancer »

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Chronique. L’historien des sciences Robert Proctor (université de Stanford) l’a montré dans un ouvrage important (Cancer Wars. How Politics Shapes What We Know & Don’t Know About Cancer, Basic Books, 1996, non traduit) : lorsque le cancer s’invite dans le débat public, il est souvent autant question de science et de santé que de communication et d’idéologie politique. La stratégie nationale de lutte contre le cancer, présentée début février par le président Emmanuel Macron, n’a pas dérogé à cette règle.

Non que les efforts consentis ne soient réels : le président français a annoncé un financement du nouveau plan en forte hausse et des ambitions fortes. Dans son allocution, M. Macron en a annoncé les éléments saillants : « faire reculer la mortalité des sept cancers les plus létaux », « mieux accompagner les conséquences de la maladie et de ses traitements sur la qualité de vie et l’emploi », « passer en une décennie de 150 000 cancers évitables par an, à moins de 100 000 ».

On le voit, le volet du plan visant à réduire l’incidence des cancers repose essentiellement sur la réduction de ceux dits « évitables ». Une définition s’impose ici : on parle de cancers « évitables » pour définir ceux qui sont liés à des facteurs de risque connus (tabac, alcool, sédentarité, alimentation, etc.), et dont l’impact sur la probabilité que tel ou tel cancer survienne est à la fois bien établi et quantifié par des grandes études épidémiologiques de qualité.

40 % de cancers « évitables »

Selon les données les plus récentes sur le sujet, publiées en juin 2018 dans le Bulletin épidémiologique hebdomadaire, environ 40 % des cancers survenant en France chaque année sont ainsi « évitables ». Le classement par facteurs de risque inscrit sans surprise le tabac en première place (70 000 cancers par an), suivi de l’alcool (28 000), d’une alimentation déséquilibrée (18 000), du surpoids et de l’obésité (18 000), etc. On le voit, les cancers « évitables » apparaissent comme le fait de comportements individuels. Il suffirait que les individus renoncent à leurs mauvaises habitudes pour améliorer la situation.

Cette approche repose sur une vision de la santé publique dominée par l’épidémiologie, dont nul ne conteste l’efficacité. Mais elle a aussi ses angles morts. D’abord, elle sous-entend que, puisque 40 % des cancers sont « évitables », c’est que les 60 % restant ne le seraient pas. Ils seraient par nature « inévitables » et représenteraient un minimum incompressible.

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Nakodal

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