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les doutes et les angoisses des nouveaux parents

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Publié le 05 mars 2021 à 17h45, mis à jour hier à 19h01

Avec ses grands yeux gris, son air endormi et son petit pantalon à pois blancs, Siggy semble totalement inconscient d’être venu au monde en pleine tempête. En presque quatre mois sur Terre, le garçon a entendu des dizaines et des dizaines de fois le mot « Covid » sans le comprendre. Et sans, bien sûr, se douter des conséquences que ce virus aurait sur ses premières années de vie. Comme Siggy, environ 740 000 bébés sont nés en France en 2020. Un chiffre en légère baisse par rapport à l’année précédente, comme c’est le cas depuis maintenant dix ans.

« Après tout, les gens avaient aussi des enfants pendant l’Inquisition ou pendant les grandes guerres », souffle Lola, réalisatrice de 29 ans, en calant son bébé contre son sein pour l’allaiter. Elle et son copain Till, directeur de photographie de 27 ans, projetaient depuis quelques mois de fonder une famille quand l’épidémie due au SARS-CoV-2 a démarré en France. Alors que les vagues de contaminations se succèdent et que les perspectives de retrouver la vie d’avant s’éloignent, ils peinent à se projeter dans un avenir radieux pour leur premier enfant.

Malo et ses parents, Megane et Antoine, habitent à Bray-sur-Seine, en Seine-et-Marne.

« Ce qu’on espère, c’est que la situation se sera améliorée quand Siggy aura l’âge de la comprendre. J’y pense parfois avant de m’endormir : devra-t-il aller à l’école primaire avec un masque sur le nez, passera-t-il son adolescence à entendre parler des nouveaux variants du Covid ? », s’inquiète Till, qui a pris son bébé dans ses bras pour le bercer après son repas. « J’ai peur que, dans quinze ans, il me reproche de l’avoir fait naître dans un monde pareil. »

Chez ce jeune père, l’inquiétude se double d’une forte dose de culpabilité. « Mes frères m’ont transmis leur intérêt pour la collapsologie, ce courant de pensée qui étudie les risques d’effondrement de notre civilisation. La crise du Covid-19 n’a fait que noircir ma vision de l’avenir de la planète. On sent de façon tangible que la catastrophe climatique arrive, que l’extrême droite est aux portes du pouvoir. J’ai toujours imaginé ma vie avec des enfants. Mais j’ai peur que leur génération connaisse une planète à la Mad Max et nous le reproche plus tard. »

Militants anti-natalistes

L’être humain est-il devenu à ce point nuisible qu’il devrait culpabiliser de vouloir se reproduire ? « Pendant des siècles, dans diverses cultures, c’est le discours inverse qui a dominé : la femme se réalisait en tant que mère », rappelle Marie Gaille, philosophe et autrice de l’ouvrage Le Désir d’enfant (PUF, 2011). « L’idée selon laquelle faire des enfants est un acte égoïste a une histoire récente, en lien avec des préoccupations environnementales. Dans les années 1970, les penseurs de l’écologie politique prônent la limitation des naissances, perçue comme le seul moyen de préserver l’espèce humaine dans son ensemble. »

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