International

Les internautes consacrent seulement 3 % de leur temps à l’information (et beaucoup moins à la désinformation)

0


Les internautes français passent peu de temps sur des sites de désinformation. C’est plutôt rassurant, mais c’est avant tout parce qu’ils consacrent peu de temps à l’information en ligne en général, selon une étude publiée par la Fondation Descartes, lundi 8 mars. Cet organisme de réflexion, qui se présente comme « citoyen, apartisan, indépendant et européen », entend alimenter le débat sur les questions liées à l’information en ligne.

L’étude de la Fondation Descartes se base sur l’historique de connexion d’un panel de 2 372 internautes qui se veut représentatif de la population française, constitué par la société Respondi, spécialisée dans la collecte de données en ligne. Les auteurs ont eu accès à l’intégralité des adresses Web consultées par chaque utilisateur, sur leurs différents appareils personnels (ordinateurs, téléphones, tablettes, etc.), sur une période d’un mois, du 20 septembre au 19 octobre 2020.

Peu de temps pour s’informer en ligne

« Ce qui nous intéressait, c’était de comprendre quelle est la consommation de médias en France », expliquent les auteurs de l’étude, Laurent Cordonier et Aurélien Brest. La première réponse saute aux yeux : les internautes de l’échantillon étudié ne passent en moyenne que cinq minutes par jour de connexion à s’informer. Cela ne représente que 3 % du temps qu’ils passent sur Internet — alors qu’ils accordent 4 % de leur temps à la pornographie.

Derrière cette durée moyenne, des rapports bien différents à l’information coexistent. Environ 17 % des participants n’ont pas consulté la moindre source d’information en un mois d’activité. A l’inverse, 5 % ont passé plus de dix heures à lire l’actualité. Cette disparité se retrouve dans le nombre de sources consultées : certains se contentent de visiter une poignée de sites, quand d’autres vont papillonner sur des dizaines de médias.

Les données de l’étude se basent sur la consultation de près de trois mille sources d’informations identifiées comme telles par les auteurs. Le corpus retenu est assez vaste, puisqu’il englobe aussi bien les médias d’information généraliste que la presse spécialisée (y compris people) ou même Wikipédia. Mais il peut tout de même omettre quelques usages. « Cela pose la question de ce qu’est l’information, reconnaît Laurent Cordonier. Une partie de la population est exposée à des titres ou à des vidéos sur les réseaux sociaux, et nous n’avons pas pu comptabiliser, par exemple, ceux qui ne cliquent pas sur les liens. » C’est aussi le cas pour les médias traditionnels : peut-on dire qu’un passant qui jette un œil à un kiosque aurait lu le journal ?

Pas de « polarisation » du paysage médiatique traditionnel

Cette étude renseigne aussi sur la nature des sites les plus consultés. Pas de surprise : les grands médias généralistes (Le Figaro, 20 Minutes, Le Monde, etc.), les médias locaux (Ouest-France, France Bleue, etc.), mais aussi Wikipédia, L’Equipe ou encore Doctissimo tirent leur épingle du jeu.

Les lectorats de ces sites ne s’opposent pas les uns aux autres. « Les médias dits “mainstream” sont relativement peu polarisés, et leur lectorat ne l’est pas forcément non plus », remarque M. Cordonier. La preuve : 83 % des lecteurs de Mediapart ont aussi lu Le Figaro au cours de la période, et 75 % d’entre eux ont au moins jeté un œil au Monde.

Une étude de l’Institut Montaigne publiée en 2019 notait déjà l’absence de grand clivage entre « les médias historiques, tels que Le Monde, Libération, Le Figaro, Les Echos, L’Obs, etc. », qui se citent mutuellement sans difficulté. Ce n’est pas le cas aux Etats-Unis, où les audiences de sources, comme CNN ou le New York Times, consultent peu Fox News ou Breitbart, et inversement.

En France, le plus grand clivage dans le rapport à l’actualité en ligne semble opposer ceux qui s’informent à ceux qui ne s’informent pas. « Il n’y a pas de polarisation extrême en France, bien qu’elle puisse exister tout de même dans certaines catégories de population, estime Laurent Cordonier. Mais nous ne sommes pas complètement à l’abri qu’un tel phénomène se développe, et certains sites qui se prétendent “alternatifs” peuvent y contribuer. »

Lire aussi Dominique Cardon : « Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui ont créé des bulles informationnelles »

La désinformation minoritaire

L’étude de la Fondation Descartes a aussi tenté de quantifier la proportion de sources réputées peu fiables dans les lectures des internautes. Les chercheurs se sont appuyés sur la classification de la start-up française Storyzy, qui identifie, à l’aide d’un algorithme, plusieurs types de sources de désinformation. Une classification globalement cohérente avec celle du Décodex, l’outil des Décodeurs du Monde, selon les chercheurs.

Principal enseignement : si deux internautes sur cinq (39 %) ont consulté au moins un site peu fiable en un mois, ils n’ont représenté que 5 % du temps d’attention consacré aux médias d’information dans leur ensemble. Preuve que la désinformation est, globalement, minoritaire.

Plus en détail, la Fondation Descartes a tenté de comparer le profil des lecteurs des sites réputés peu fiables à celui des médias traditionnels. Sans faire émerger de caractéristiques majeures, qui seraient liées au genre, au niveau de diplôme ou aux revenus. « Il ne semble pas y avoir de profil sociodémographique spécifique à ceux qui consultent des sources non fiables, analyse M. Cordonier. Les facteurs qui semblent le plus corrélés à la consultation de ces sites semblent être de s’informer en ligne et d’avoir un intérêt pour l’information. »

Ce résultat est cohérent avec des publications antérieures. Une analyse des Décodeurs des données des enquêtes de Médiamétrie publiée en 2020 montre également que tous les publics semblent touchés par la désinformation, sans grande discrimination. Plusieurs corrélations intéressantes émergent toutefois. Par exemple, les personnes âgées sont surreprésentées dans le lectorat des sites dits « pièges à clics », ce qui peut s’expliquer par le fait que les plus jeunes auraient mieux appris à déjouer leurs grosses ficelles.

« Une partie des gens qui vont voir ces sites n’y vont cependant pas par hasard, complète Laurent Cordonier. Clairement il y a une recherche, une demande d’informations alternatives de la part d’une partie du public qui ne fait pas confiance au gouvernement ou aux médias. »

Toujours selon le chercheur, c’est « globalement par les réseaux sociaux que les sites non fiables trouvent un public ». Preuve, selon lui, que les plates-formes, comme Facebook, YouTube ou Twitter, doivent « en faire plus sur la visibilité qu’elles accordent à certaines sources d’information ».

Parcourez la galaxie des fausses informations qui circulent sur Facebook



Source link

Nakodal

Le Sénégal enregistre 102 nouveaux cas et 6 décès, ce lundi 8 mars

Previous article

Une saisine à la CPI évoquée !

Next article

You may also like

Comments

Leave a reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.