Politique

Libération d’ousmane Sonko (Leader de Pastef) : Le triomphe de la volonté populaire

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«Le pouvoir rend fou, le pouvoir absolu rend absolument fou»
Dans l’histoire des luttes démocratiques, aucun régime au monde n’est parvenu à bout de la volonté populaire. Le peuple finit toujours par triompher quelle que soit la durée des luttes politiques. Le Sénégal n’a pas et n’a jamais fait exception dans ce sens. Le même peuple qui a déboulonné le régime socialiste après quarante ans de règne, défait le tout puissant Abdoulaye Wade, a fait halte au Président Macky Sall dans sa tentative avortée de museler un adversaire politique dans un contexte mondial et local de crise sanitaire ayant des répercussions néfastes dans tous les secteurs d’activité. Qu’on ne s’y trompe pas surtout. Ce ne sont pas les militants du parti Pastef, mais le peuple sénégalais dans ses différentes composantes, qui a triomphalement fait reculer le régime en place avec la libération du député Ousmane Sonko, par ailleurs, président des Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef). Dans un élan de solidarité et de soutien au leader des patriotes, il a fait barrage à une vaste opération de restriction et de violation des libertés individuelles marquée par des arrestations tout azimut de citoyens sénégalais dont le tonitruant Assane Diouf, l’activiste Guy Marius Sagna, Cyril Touré alias Thiat du Mouvement Y en a marre, et tant d’autres.
Inculpé et placé sous contrôle judiciaire dans ce qu’il est convenu d’appeler l’affaire Adji Sarr, du nom de la jeune fille qui a accusé le leader de Pastef de viol, Ousmane Sonko a recouvré la liberté hier après 96h de garde à vue dans les locaux de la Section de recherche de la gendarmerie de Colobane pour troubles à l’ordre public et participation à une manifestation non autorisée. Chefs d’inculpation derrière lesquels d’ailleurs, l’écrasante majorité des citoyens soupçonnaient une volonté du régime Macky Sall de le mettre en prison dans le seul but de museler un adversaire politique devenu de plus en plus imposant sur l’échiquier politique sénégalais.
Cette affaire qui a tenu en haleine l’opinion publique toute la semaine écoulée et bien avant, a en effet charrié un lot de dégâts collatéraux avec en sus, une liste macabre d’une dizaine de jeunes sénégalais, souvent tombés sous les balles des forces de l’ordre sensées pourtant encadrer les mouvements de foule. Cette situation du reste déplorable dans une démocratie comme la nôtre, est pleine d’enseignements pour les deux camps en litige et pour les citoyens sénégalais que nous sommes tous.
De la démarche bancale du ministre de l’Intérieur Antoine Félix Diome qui a plus fait dans la menace que dans l’apaisement de la tension pesante sur la paix civile et la cohésion nationale, à la proposition de médiation louftingue du néo transhumant Idrissa Seck (leader de Rewmi), les tenants du pouvoir ont multiplié des actes qui ont participé à envenimer la situation. De quatre morts en quatre jours, on est passé à 11 morts selon le bilan provisoire paru dans la presse nationale. Des maisons saccagées, des magasins, boutiques et essenceries pillés…C’est la triste image que le Sénégal a renvoyé au reste du monde ces derniers jours. Amenant la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest à titrer la sonnette d’alarme non sans inviter les deux parties à plus de retenue et de responsabilité. Cette situation conflictuelle trouve ses origines dans le mode de gestion même du pouvoir par Macky Sall.

Aux origines de la menace sur les libertés….
Porté à la tête de la magistrature suprême en mars 2012, le Président Macky Sall a aussitôt initié une politique de reddition des comptes sous la houlette de Aminata Touré, alors toute puissante ministre de la Justice. Dans un temps record, une vingtaine de caciques du régime défait d’Abdoulaye Wade ont été ciblés, parmi lesquels, Oumar Sarr, Ousmane Ngom, Abdoulaye Baldé aujourd’hui dans le giron immédiat de Macky Sall, et le fils de l’ancien président de la République. Si l’objectif de départ a été salué par les populations sénégalaises alors avides de reddition des comptes après douze ans de gestion chaotique et partisane du pouvoir par le régime d’Abdoulaye Wade, il a été dévoyé en cours de route. De tous les barons libéraux ciblés au départ, seul Karim Meissa Wade a été inculpé et jugé pour enrichissement illicite et condamné à six ans de prison ferme par une juridiction d’exception, en sus d’une amende de 138 milliards à rembourser au contribuable sénégalais. Libéré après trois ans d’emprisonnement, il a été finalement exilé au Qatar et écarté de la course à la présidentielle de 2019.
Le dossier Karim Wade plié, le maire de Dakar Khalifa Ababacar Sall a été le prochain sur la liste des personnalités politiques à abattre. L’édile socialiste s’est en effet mis à dos tout l’establishment du Parti-Etat après la cuisante raclée qu’il leur a donnée à l’issue des élections locales de 2014 où sur les 19 communes d’arrondissement que comptait Dakar, il a mis les 16 dans son escarcelle. Pour venir à bout de l’ex-Chargé de la vie politique du Parti socialiste, le Président Sall, tout comme dans les affaires Karim Wade et Sonko, a opté pour des armes non conventionnelles. Avec le soutien du tout puissant Ousmane Tanor Dieng, il monte une affaire de détournement de deniers publics contre le maire de Dakar après avoir lancé à ses trousses, l’Inspection générale d’Etat. Accusé d’avoir détourné 1 milliard dans la caisse d’avance de la ville de Dakar, Khalifa Ababacar Sall est inculpé et placé sous mandat de dépôt le 3 mars 2017. Malgré ses cris au complot pour liquider un adversaire politique, il est jugé et condamné à une peine d’emprisonnement de 5 ans ferme. Tout comme Karim Wade, il a été libéré après une condamnation qui l’empêcherait d’être candidat à une quelconque élection au Sénégal.
C’est ce même procédé que le Parti-Etat a voulu user contre le leader de Pastef. Seulement, contrairement aux dossiers Karim Wade et Khalifa Ababacar Sall, le régime de Macky Sall a mal choisi le moment pour instruire l’affaire Ousmane Sonko. Qu’à cela ne tienne, l’arrestation puis la garde à vue de Ousmane Sonko a été certes le déclic des manifestations violentes enregistrées un peu partout à travers le pays et même sur l’international. Mais les véritables raisons qui ont fait sortir l’écrasante majorité des populations sénégalaises, vont au-delà de cette affaire. Les Sénégalais ont exprimé leur ras-le-bol des difficultés économiques auxquelles ils font face depuis plus d’un an. Ils ont en effet faim et ils l’ont montré à travers les actes de pillage des magasins, boutiques et autres banques. Ils ont besoin de mesures économico-sociales beaucoup plus pertinentes pour assurer leur survie dans un contexte de crise sanitaire qui a mis à genou le tissu économique national et mis à terre la majeure partie des entreprises, occasionnant du coup, beaucoup de perte d’emplois.
L’affaire Ousmane Sonko aura montré en effet le vrai visage des populations sénégalaises. Elles peuvent être stoïques et résilientes dans l’épreuve, mais elles savent prendre leurs responsabilités le moment venu. Elles ont certes mis beaucoup de temps, mais elles se sont défait du régime socialiste, elles ont bouté Abdoulaye Wade hors du pouvoir quand sa gestion de l’Etat était devenue très partisane. Ces derniers jours, elles ont envoyé un premier signal fort que devra décrypter avec humilité et subtilité le régime de Macky Sall. S’il n’a pas déjà ouvert la boite de pandores le conduisant à sa perte programmée.
Assane MBAYE
Journaliste



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Nakodal

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