Justice

« Plus que tout, je suis un vrai Parigot »

0


Eric Hazan, écrivain et éditeur, chez lui, à Paris, le 5 mars.

Pas de bistrot ouvert ? Qu’à cela ne tienne. Eric Hazan reçoit chez lui, un appartement aux murs couverts de livres et de tableaux, ouvrant sur une petite cour pavée, à deux pas du métro Belleville, à Paris. Pour accompagner le café, il est allé chercher des croissants à la boulangerie du coin. « Elle n’est ni mauvaise ni formidable, précise-t-il : 12 sur 20. » A moins que ce ne soit la note qu’il attribue à la ville entière…

Cette capitale indomptable, le vieil éditeur et écrivain d’ultra-gauche l’adore et l’abhorre tout à la fois. Prenez Belleville. Un quartier pauvre et cosmopolite, mais menacé d’embourgeoisement. Dans la rue même, « trois galeries ont ouvert, avec des œuvres minables, râle Eric Hazan. C’est inquiétant. » Lui tient à améliorer la cité. Le carrefour entre la rue et le boulevard de Belleville, par exemple, pourquoi ne pas en faire une vraie place et lui donner le nom de Frantz Fanon, l’auteur martiniquais des Damnés de la Terre ? Dans le même temps, il faudrait débaptiser les voies dont le nom résonne « comme un déshonneur urbain », avance-t-il, citant l’avenue Mac-Mahon – « général capitulard et crétin notoire » – ou la rue Thiers.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Un apéro avec Corinne Masiero : « Je suis très mal à l’aise quand on me dit qu’on m’aime bien »

« Une frénésie d’écriture »

Pendant le confinement du printemps dernier, Eric Hazan a été coincé dans son appartement. « J’ai été saisi par une frénésie d’écriture », raconte-t-il, tandis que son antique cafetière italienne en métal commence à chuinter. Il en est sorti un petit livre, Le Tumulte de Paris, délicieux vagabondage à travers les rues de la capitale, illustré de photos prises par sa fille Cléo, et édité dans sa propre maison, La Fabrique éditions (136 pages, 12 euros). « Quand je publie ailleurs, mes deux associés me font la gueule », glisse-t-il.

« A 15 ans, j’ai eu la chance d’avoir des amis communistes. C’est à eux que je dois mon engagement politique, opposé à celui de mes parents, des lecteurs du “Monde” qui votaient socialiste. »

L’objectif affiché était très positif : « Je voulais défendre Paris contre ceux qui y voient une ville muséifiée, atone, embourgeoisée ». Mais on ne se refait pas. A 84 ans, Hazan est un piéton de Paris qui maugrée autant qu’il sourit. La rive gauche où il a longtemps vécu est devenue « un morne super-étalage », décrit-il. La « végétalisation » prônée par la Mairie ? « C’est prendre un lieu qui ne demande rien à personne et le défigurer. » Quant aux nouvelles entrées du métro, on dirait des ferrailles « conçues par des designers de l’administration pénitentiaire », peste ce nostalgique de Guimard.

Il vous reste 67.91% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Nakodal

De Paris à Kigali, en passant par Tokyo, les replays du week-end

Previous article

« Gardons-nous de faire de l’islam une identité à part entière »

Next article

You may also like

Comments

Leave a reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

More in Justice