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« 463 millions d’élèves dans le monde n’ont pas pu accéder à l’éducation à distance »

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Les écoles, collèges et lycées français ont fermé leurs portes, mardi 6 avril, pour une durée de trois à quatre semaines, selon les niveaux, afin de ralentir la progression de l’épidémie de Covid-19 dans le pays. D’autres pays dans le monde ont temporairement fermé leurs écoles au cours de l’année écoulée, parfois pour quelques semaines, parfois pour plusieurs mois. Selon des chiffres dévoilés par l’Unicef au début du mois de mars, les établissements scolaires n’avaient pas rouvert depuis un an pour plus de 168 millions d’enfants dans le monde. Environ 214 millions d’enfants, soit un sur sept, avaient manqué plus des trois quarts de leur scolarité en présentiel.

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Hausse des inégalités, déscolarisation, retards d’apprentissage, troubles psychologiques… en France et dans le monde, la fermeture des écoles a des conséquences multiples, parfois désastreuses. Borhene Chakroun, directeur du département politique et apprentissage tout au long de la vie de l’Unesco, a répondu à vos questions sur l’impact global des fermetures d’école dans le monde.

« Les problèmes de connectivité, d’accès à l’équipement informatique ainsi que les conditions d’études à domicile se conjuguent et affectent l’apprentissage d’un nombre important d’élèves », explique Borhene Chakroun.

Jo : Quelle est la situation aujourd’hui dans le monde ? Beaucoup d’enfants sont-ils toujours privés d’école ?

La situation dans le monde reste très perturbée. Selon nos données, quelque 800 millions d’élèves sont encore affectés par des fermetures entières ou partielles.

Curieuse : Quelles sont les conséquences de l’interruption de la scolarité dans certains pays ? Peut-on quantifier le retard pris ? Cela a-t-il un impact sur la pauvreté ou la violence envers les enfants ?

Effectivement les conséquences sont multiples : scolaires, émotionnelles, de santé physique et mentale. D’une part, il y a une perte d’apprentissage, des risques de déperditions scolaires [conséquences des problèmes de redoublement et d’abandon en cours d’études] ainsi qu’un impact sur le bien-être des apprenants. Un premier chiffre pour donner une mesure de l’impact : on estime qu’environ 100 millions d’élèves supplémentaires ne pourront maîtriser la lecture à cause de la crise du Covid-19.

BB : Comment les pays se sont-ils organisés pour faire de l’école à distance ? Cela a-t-il été possible partout ?

Selon nos enquêtes, neuf pays sur dix ont mis en place un dispositif d’éducation à distance. Ces dispositifs comportent des plates-formes en ligne, l’utilisation de la télévision et de la radio, et dans certains cas la distribution à domicile de matériels et de ressources éducatives. Néanmoins, nous savons que 463 millions d’élèves n’ont pas pu accéder à l’éducation à distance.

« Neuf pays sur dix ont mis en place un dispositif d’éducation à distance », précise Borhene Chakroun.

Emma : Cette fracture numérique a-t-elle causé les mêmes dégâts en matière de décrochage lors des confinements en Europe ?

La fracture numérique est aussi présente en Europe : les problèmes de connectivité, d’accès à l’équipement informatique ainsi que les conditions d’étude à domicile se conjuguent et affectent l’apprentissage d’un nombre important d’élèves.

Curieuse : Comment se fait-il que certains pays aient fermé leurs écoles depuis un an ? L’éducation n’est-elle pas une priorité ? Et que vont devenir les enfants dans certains pays, surtout les plus pauvres ?

La situation est effectivement très grave dans certains pays, qui depuis des mois ont décidé de fermer les écoles ou de prolonger les vacances scolaires. Après, il ne faut pas sous-estimer la complexité des choix politiques et notamment la situation sanitaire. La recommandation de l’Unesco est de ne fermer les écoles qu’en tout dernier recours et dans le respect des mesures sanitaires, selon des règles et des directives que nous avons établies avec l’OMS.

Pour les pays les plus pauvres, la communauté internationale s’est mobilisée. Par exemple, l’Unesco a lancé une coalition internationale pour l’éducation pour venir en aide aux pays les plus affectés.

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Pauline : Une telle situation avait-elle déjà été observée à l’échelle mondiale ? Quelles leçons peut-on tirer des pays qui ont déjà connu ça (les pays en guerre par exemple) ?

Effectivement, nous avons tiré des leçons de la crise d’Ebola et du tsunami, par exemple en anticipant sur les questions du décrochage scolaire, du travail des enfants et du mariage précoce des filles. Nous avons, par exemple, aidé les pays à faire des campagnes de retour à l’école et à tenir compte des effets de fermeture scolaire, notamment concernant la nutrition, la santé et les autres services sociaux qu’offre l’école.

Un Breton : Y a-t-il des pays pour lesquels vous êtes particulièrement inquiets, ou la situation est-elle difficile partout ?

Les régions où les pertes sont les plus importantes sont l’Amérique latine, l’Amérique centrale, l’Asie centrale et l’Asie du Sud. En revanche, on estime que la déperdition scolaire sera plus élevée en Afrique et en Asie du Sud.

Brie-yoncé : Y a-t-il des pays qui sont parvenus à considérablement améliorer l’école à distance ?

Nous avons constaté, effectivement, une capacité d’adaptation et d’innovation dans plusieurs pays. Selon nos données, neuf pays sur dix ont mis en place des dispositifs. De notre côté, nous avons mis en place une plate-forme en ligne, Imaginecole, qui permet à dix pays francophones d’Afrique d’utiliser des ressources éducatives appropriées et destinées aux élèves et aux enseignants.

Rémy G : La France s’est inquiétée du décrochage scolaire de certains de ses élèves après deux mois de confinement en 2020. Qu’en est-il à l’échelle mondiale ? Assiste-t-on à un décrochage scolaire de grande ampleur ?

On estime le décrochage scolaire au niveau mondial à environ 24 millions d’élèves, du préprimaire à l’université. Cette estimation est fondée uniquement sur l’impact économique de la crise sur les ménages.

Selon M. Chakroun, « certains pays, comme les Etats-Unis, ont annoncé des budgets très importants pour l’éducation ».

Blandine : L’éducation est-elle une priorité dans les budgets de relance des pays ? Tout le monde prend-il des mesures pour remédier à ces mois sans école ?

Selon nos données, les plans de relance ne priorisent pas assez l’éducation et la formation. Nous estimons à environ 2 % les budgets alloués à l’éducation dans l’enveloppe globale. Cette moyenne cache une variation entre les pays. Certains pays, comme les Etats-Unis, ont annoncé des budgets très importants pour l’éducation, qui comportent des aides aux ménages les plus pauvres, le développement de l’infrastructure numérique et la formation des enseignants.

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Vive les filles : Les filles rencontrent plus d’obstacles dans certains pays pour être scolarisées. Comment faire en sorte qu’elles soient le moins impactées possible ?

Les filles sont effectivement très fragilisées par la crise et la fermeture de l’école, avec une augmentation des risques de décrochage scolaire, de mariage précoce et de violence familiale. Nous agissons avec plusieurs partenaires pour réaliser des campagnes de sensibilisation de retour des filles à l’école, destinées aux filles et aux familles, et nous avons développé des guides pour l’ouverture des écoles tenant compte de la question du genre.

Bob : Ces quelques mois sans école auront-ils des conséquences à long terme, et si oui lesquelles ?

L’effet à long terme sera potentiellement négatif si les gouvernements n’agissent pas immédiatement. Des progrès accomplis depuis plusieurs décennies, notamment sur l’éducation des filles, pourraient être effacés. En fait, les pertes d’apprentissage auront un effet sur la poursuite d’apprentissage, les revenus des individus ainsi que sur la croissance économique en général. Certaines estimations donnent une perte de revenu d’environ 3 % pour les élèves ayant perdu trois mois d’apprentissage.

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