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A Montreuil, des travailleurs sans papiers laissés pour compte après la fermeture du foyer Bara

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Publié aujourd’hui à 02h08, mis à jour à 04h37

Lorsqu’il est arrivé en France, il y a vingt ans, Kandé Touré s’est naturellement rendu au foyer Bara de Montreuil (Seine-Saint-Denis). Sur place, dans ce lieu où logeaient des travailleurs immigrés, son père était en train d’achever sa vie d’agent de nettoyage et allait retourner au Mali. Kandé Touré, venu avec un visa, était alors un jeune homme de 17 ans qui découvrait la France et comptait y travailler, dans le sillage paternel.

Quand il parle de Bara, ce cuisinier et polyvalent dans l’hôtellerie sourit : « On avait une vie magnifique, raconte-t-il. On pouvait tout faire sur place, tout était moins cher et la famille était à côté. » Depuis sa création en 1968, le lieu était devenu bien plus qu’un établissement social où il était possible de louer un lit à moindres frais dans un dortoir bondé. Bara, l’un des plus vieux foyers de la ville, était le symbole de ces générations de travailleurs maliens qui s’y sont succédé pendant un demi-siècle.

Kandé Touré, secrétaire général de l'association « Les Baras du 138 Montreuil » pose avec deux amis devant le bâtiment occupé par des travailleurs sans papiers, à Montreuil, le 20 février.
Le 138 rue Stalingrad, bâtiment occupé depuis novembre 2019 par des travailleurs sans papiers, à Montreuil, le 20 février.

Aujourd’hui, Kandé Touré a 38 ans, vit toujours à Montreuil, cette ville où il n’est « pas né mais presque ». Mais le regard qu’il porte sur sa situation est désabusé. « On souffre », dit-il. Depuis fin 2019, M. Touré squatte un hangar insalubre de 700 m² avec plus de 200 personnes, principalement maliennes. Comme lui, la plupart sont en situation irrégulière. Vendredi, le tribunal de proximité de Montreuil a ordonné leur expulsion du 138, rue de Stalingrad. Le délai de neuf mois qui leur a été accordé pour quitter les lieux les a soulagés. Dans ce hangar, « c’est pas une vie, mais c’est ça ou la rue », dit Diakité D., l’un des occupants (certains d’entre eux souhaitent rester anonymes).

Insalubrité croissante

A l’intérieur du bâtiment, la réalité est crue. Dans le hall principal, des dizaines de lits superposés sont collés les uns aux autres. Ici, on cuisine sur des plaques électriques posées à même le sol. Avant de se doucher, on fait chauffer de l’eau dans une bouilloire. Un seul lavabo est utilisable. Le hall principal n’est pas chauffé. La nuit, on se barricade sous des couvertures pour faire face au froid et aux rats qui grimpent sur les corps endormis. « On a dû accepter cette situation parce qu’on n’a pas d’autres choix », résume Abdulkarim C., un autre occupant des lieux.

Dans le hangar principal qui sert de dortoir et qui réunit une trentaine de lits superposés, soit 60 places. C'est le seul espace non chauffé du squat de Montreuil.

Il y a deux ans, Bara a fermé. Au fil du temps, le lieu était devenu un emblème plus triste : celui de l’insalubrité croissante des foyers de travailleurs migrants, des structures vieillissantes créées à partir des années 1950, au moment où la France faisait venir du Maghreb puis d’Afrique subsaharienne des hommes isolés afin de pourvoir la demande de main-d’œuvre. Depuis plusieurs années, le foyer Bara tombait en ruine. En septembre 2018, le maire de Montreuil, Patrice Bessac (PCF), a pris un arrêté « d’extrême urgence pour risques graves de sécurité ». Un mois plus tard, l’intégralité des résidents quittait les lieux. La question de leur relogement s’est posée de façon pressante.

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Nakodal

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