Justice

Au Pérou, trente ans de prison requis contre Keiko Fujimori

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Keiko Fujimori, la dirigeante du parti péruvien Fuerza Popular, chez elle à Lima, le 25 novembre 2020.

Après le père, l’ex-autocrate Alberto Fujimori (1990-2000), c’est au tour de la fille, Keiko, candidate à l’élection présidentielle du 11 avril, d’avoir maille à partir avec le système judiciaire. Après plus de deux ans d’enquête, le procureur spécial anticorruption, José Domingo Pérez, a requis 30 ans et 10 mois de prison, jeudi 11 mars, à son encontre, ainsi que la dissolution de sa formation, Fuerza Popular (Force populaire, droite autoritaire).

Mme Fujimori, 45 ans, est accusée de blanchiment, d’appartenance au crime organisé, d’entrave à la justice et de fausses déclarations, dans le cadre d’une vaste enquête sur le financement de ses précédentes campagnes électorales de 2011 et 2016, impliquant l’entreprise Odebrecht, le géant brésilien du BTP qui a versé des pots-de-vin à de nombreux dirigeants latino-américains. Quarante autres personnes sont accusées dans le dossier.

Annonce à double tranchant

Immédiatement, l’intéressée a dénoncé via son compte Twitter une « persécution » à un mois du scrutin présidentiel. Pour l’analyste politique Carlos Melendez, l’annonce de la décision du procureur spécial, « dénuée de neutralité » étant donné le calendrier politique, est à double tranchant pour la candidate. Selon lui, elle peut aussi bien lui donner un coup de pouce « pour poursuivre dans son rôle de victimisation » qu’« éloigner les indécis ».

L’affaire du financement occulte du parti fujimoriste est connue au Pérou sous le nom de « l’affaire des cocktails ». Fuerza Popular est accusé d’avoir organisé des réceptions durant les campagnes de 2011 et 2016 pour lever des fonds auprès de grands groupes industriels, mais dont l’origine n’a pas été déclarée. Le parti aurait ainsi engrangé plus de 4 millions et demi de soles (environ 1 million d’euros). Selon l’enquête, Keiko Fujimori serait à la tête d’une organisation criminelle dédiée au blanchiment et abritée au sein même de Fuerza Popular.

La fille d’Alberto Fujimori – lui-même confronté ces jours-ci à la justice dans le dossier des stérilisations forcées lors de son mandat, et en prison depuis 2009 pour corruption et crime contre les droits humains – a fait de la prison préventive à deux reprises : une première fois en 2018 pour treize mois, puis en 2020 pendant quinze mois, avant d’obtenir sa libération sous caution en mai, en pleine pandémie de Covid-19.

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L’annonce du parquet ne l’empêche pas, a priori, de concourir pour le prochain scrutin, même si cela pourrait fragiliser son « droit politique à la participation », estime Adriana Urrutia, de l’association Transparencia. Dans une campagne électorale où elle ne part pas favorite, Keiko Fujimori, créditée d’à peine 7 à 8 % des voix, ne parvient pas à se démarquer d’une flopée de petits candidats qui plafonnent tous dans cette tranche. Elle est pour l’instant loin d’atteindre son score de 2016, lorsqu’elle avait manqué de quelques voix (41 000 votes) le fauteuil présidentiel face à Pedro Pablo Kuczynski (droite, 2016-2018). Son parti, lui, avait alors remporté une écrasante majorité au Congrès.

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