Justice

Aux assises de la Marne, les énormités de Philippe Gillet

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Pendant quelques secondes, Philippe Gillet est une vache. Une Holstein pie noire de 600 kg, celle qui, selon lui, a tué son épouse le 3 janvier 2012. Aux dires de l’agriculteur de 48 ans, Céline Gillet est morte écrasée par la bête qui, ce matin-là, a glissé sur le sol humide menant à la salle de traite de leur ferme de Fromy, près de Sedan, dans les Ardennes. Lors de la reconstitution, un mannequin en plastique représentait Céline Gillet. Philippe Gillet s’était proposé d’incarner l’animal. Sur les photos projetées devant la cour d’assises de la Marne, on a donc vu l’accusé allongé sur le mannequin, dans la position du bovin au moment du drame. « Ça aurait été plus facile avec un mannequin de vache », a-t-il marmonné dans son box.

Faute de vache à l’audience, Philippe Gillet a de nouveau endossé le rôle à la barre, transformant le prétoire en étable et rejouant la scène fatale, moment surréaliste d’un procès mémorable. Tout en restant debout, jouant de son buste, et de ses deux bras en guise de pattes arrières, il a mimé avec vigueur la soudaine glissade de l’animal sur le bassin, la tentative de se relever, la nouvelle glissade, sur le côté cette fois, qui l’a fait tomber de tout son long sur son épouse, coincée sous la bête gigotant les quatre fers en l’air. « Elle n’arrivait pas à ce que les pattes retouchent le sol, elle ne pouvait pas se redresser ! », a dit le bouillonnant agriculteur, massif et gouailleur, théâtral sans le vouloir, sorte de Jean Gabin des champs.

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Pas grand monde, parmi les experts venus témoigner, n’a cru à sa version des faits. Ni le médecin, pour qui les blessures de Céline Gillet n’étaient pas compatibles avec un écrasement, ni le vétérinaire qui s’est interrogé avec circonspection sur la densité du troupeau qui aurait dû empêcher la vache de tomber, sur la rareté des chutes vers l’arrière – « cela n’arrive que lorsque les vaches sont en chaleur et se chevauchent » – ou sur les dix minutes qu’il a fallu pour relever l’animal : « Il y a beaucoup de choses que nous ne comprenons pas. »

Brouillard entourant les faits

Pas grand monde n’y a cru, mais Philippe Gillet a été acquitté, jeudi 22 avril, du meurtre de son épouse, ce qu’il doit moins à ses talents d’imitation qu’au brouillard entourant les faits, conséquence de l’absence d’enquête sérieuse à l’époque. Pas d’autopsie, une incinération rapide, la démolition d’une partie de l’étable avant la reconstitution. Pas de mobile, hormis de supposées velléités de divorce. « Vous n’avez pas suffisamment d’éléments objectifs, factuels, concrets, pour condamner », a plaidé son avocat Ghislain Fay. Il y a deux ans, en première instance, la cour d’assises des Ardennes avait déjà acquitté Philippe Gillet du meurtre de sa femme.

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