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Avec « Mandibules », Quentin Dupieux nous fait gober sa mouche et offre une libération par le rire

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« Mandibules », de Quentin Dupieux.

l’avis du « monde » – à ne pas manquer

L’heure est venue. C’est la reprise du divertissement sifflée, la tête encore sur l’enclume pandémique. On ira donc, le cœur lourd mais en quête exaltée de légèreté, vérifier si on peut encore rire de quelque chose. Allez savoir. A cette fin, Mandibules, de Quentin Dupieux, s’impose haut la main dans le carambolage des titres proposés.

Le film nous invite au repas frugal de l’idiotie heureuse, nous trimballe sans faillir à l’horizon de son infini repos. Côte d’Azur. Mer d’huile. Temps d’avant. Voire d’avant l’avant. Temps d’une France enfuie et californienne, qui sent le vague ennui d’une époque sans vague, l’agonie des mobylettes, le luxe d’une insouciance qui va bientôt sombrer. Quelque chose qui sent à vue de nez le deuxième choc pétrolier, quand bien même Mandibules reste, dans son rapport au temps comme au cinéma, fondamentalement insituable.

De cette zone floue émerge la sainte paire baptisée Jean Gab et Manu – en l’espèce David Marsais et Grégoire Ludig, extirpés du Palmashow et de son humour de pastille, soudain densifiés, magnifiés, si l’on peut dire, par la grâce du cinéma. Cheveux gras, ricanement de hyène, accent traînant. A la coule. Avec ce signe perso de ralliement, index et auriculaire tendus, les mains s’encornant sur un sonore « taureau » prononcé d’une même voix, d’un air intensément complice. Comprenne qui pourra. Il faut y voir le signe d’une élection. L’assurance d’une entente dont le principal ressort consiste à en exclure autrui.

La mouche serait à voir comme la fidèle et secrète compagne d’un récit désaxé qui volette et folâtre à travers divers états de notre société

Dignes descendants des Hirsutes ou des Zutistes, les deux poétiques loqueteux – mandatés par un dealeur d’on ne sait quoi pour livrer à quelques encablures une mystérieuse mallette – trouvent dans le coffre d’une voiture volée le symbole vrombissant de leur absolue singularité. Soit une mouche groggy de la taille d’un gros poulet d’élevage, le corps vert de grisé et les yeux à facettes orange, dormant dans l’abri d’une Merco beige immatriculée en Suisse, histoire de dire que l’insecte géant, loin de ses cousines de la galerie des monstres, aspire à une aimable neutralité.

Diptère domestiqué

Grosse marionnette articulée, pour partie, à l’ancienne avec sa tête qui dodeline, le diptère, fidèle à Alfred Jarry, semble dire « merdre » au film de genre. Jean Gab et Manu, qui l’ont compris, décident de l’apprivoiser pour un exercice futur incertain dont ils escomptent tirer fortune. Est ici évoquée une transformation en drone de la mouche domestiquée pour le transport illicite de marchandises. Heureux hommes.

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