Justice

Dans Gaza, une étrange ambiance de fête et de deuil

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Par Louis Imbert

Publié aujourd’hui à 11h55, mis à jour à 12h09

Il se tient comme un fantôme à l’écart de la foule, les bras couverts de longues blessures qui cicatrisent et de marques d’échardes. Il tremble. Ses yeux s’enfoncent étrangement dans son crâne. Mohammed Al-Kolak est un miraculé. Ce jeune homme de 24 ans a survécu, avec sa mère, à l’écroulement de l’immeuble où vivait sa famille, rue Al-Wehda, dans le centre de Gaza. Vendredi 21 mai, au premier jour d’un cessez-le-feu qui clôt onze jours de bombardements israéliens, des habitants de sa ville viennent ici en famille, pour voir de leurs yeux ces immenses piles de gravats.

Une foule de Gazaouis est sortie dans les rues, le 21 mai 2021, pour, entre autres, constater les dégâts des bombardements qui ont coûté la vie à plus de 240 personnes.
Mohammed Al-Kolak, 24 ans, a survécu à l’écroulement du bâtiment avec sa mère. Vingt-deux membres de sa famille ont trouvé la mort pendant les frappes. Gaza, le 21 mai 2021.
La liste des 22 membres de la famille Al-Kolak qui ont trouvé la mort dans l’effondrement de l’immeuble sous les bombardements israéliens, dans la ville de Gaza, le 21 mai 2021.

Certains saluent, en voisins, les deux familles qui ont subi le pire massacre de cette guerre, dimanche 16 mai. Le clan Al-Kolak dénombre vingt-deux morts – une liste de leurs noms s’affiche à l’entrée de la tente où Mohammed va errer jusque tard, recevant les condoléances durant trois jours. Leurs voisins, les El-Ouf, déplorent seize morts.

Cette nuit-là, Mohammed a traîné longtemps dans la petite supérette qu’il gère avec ses trois frères. Ils l’ont ouverte il y a deux mois au pied de leur immeuble : un investissement familial. Mohammed avait rêvé d’un autre emploi : il a étudié le design industriel. Mais à Gaza, 70 % de la jeunesse est au chômage. Dans le groupe de copains de son quartier, qui dresse aujourd’hui un rempart autour de lui – on y compte un avocat, deux comptables, un journaliste –, Mohammad est le seul à toucher un salaire.

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C’est une soirée morne et tendue. Pas un client ou presque. La rue Al-Wehda, d’ordinaire l’une des plus actives du centre-ville, est déserte. A minuit, Mohammed baisse le rideau et monte au deuxième étage de cet immeuble construit par son grand-père, l’un des deux bâtiments contigus, de trois et quatre niveaux, où réside tout un clan de la classe moyenne gazaouie.

« Les jours deviennent des nuits »

Personne ne dort là-haut. Des frappes israéliennes résonnent à intervalles aléatoires. « Avec les bombardements, les jours deviennent des nuits et les nuits des jours », décrit Mohammed. L’un de ses frères aînés, qui vit à l’ouest de la ville, est revenu ici au début de la guerre, pour y mettre à l’abri son épouse et leur nourrisson, Qoussaï, âgé de 6 mois. Ils jugent plus sûr ce quartier central, situé à deux pas du plus grand centre commercial de Gaza. Mohammed emmène l’enfant jouer avec lui dans sa chambre. Il en possède une à lui, c’est un luxe à Gaza, ce confetti de sable, cette plage longue de 41 kilomètres où se serrent 2 millions d’âmes, sous blocus israélien depuis 2007. Mohammed n’en est jamais sorti.

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