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des dizaines de milliers de personnes manifestent pour les « premières de corvée »

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La Journée internationale des droits des femmes a mobilisé des dizaines de milliers de femmes et d’hommes dans toute la France.

Pour la première fois, lundi 8 mars, Laure a posé une journée de grève. L’an dernier, « la question ne s’était pas posée » pour cette professeure des écoles : la Journée internationale des droits des femmes tombait un dimanche. « Cette année a été particulièrement révoltante pour la cause féministe, c’était évident de me mobiliser », estime la jeune femme de 35 ans, évoquant notamment la nomination de Gérald Darmanin au poste de ministre de l’intérieur, alors que l’homme politique est visé par une information judiciaire pour viol.

La Journée internationale des droits des femmes a mobilisé des dizaines de milliers de femmes et d’hommes dans toute la France. Dans la capitale, elles étaient 3 600, selon les chiffres de la préfecture de police de Paris, communiqués au Monde – 30 000, selon le collectif national pour les droits des femmes, organisateur du rassemblement « On arrête toutes lundi ».

Près d’un an après le début du confinement, une quarantaine d’associations féministes comme Osez le féminisme, le Planning familial, de syndicats ont appelé à se mettre « en grève avec les femmes du monde entier » et souhaité mettre en avant celles qu’elles ont rebaptisées les « premières de corvée ». Infirmières, aides-soignantes, sages-femmes, institutrices étaient nombreuses dans le cortège qui s’est élancé vers 13 heures de Port-Royal, dans le VIe arrondissement, pour rejoindre la place de la République en fin d’après-midi.

La persistance des inégalités

Florence, 50 ans, travaille à La Poste comme factrice depuis plus de trente ans. Les inégalités ont jalonné son parcours professionnel, rapporte-t-elle. « Ça semble bête, mais les pauses physiologiques, c’est-à-dire pouvoir aller faire pipi, ne sont pas prises en compte », commente la factrice, rappelant « à quel point cette année à souligner que les femmes sont en premières lignes quand le pays est en crise ».

Florence : « Cette année à souligner que les femmes sont en première ligne quand le pays est en crise. »

Agnès Tanguy, sage-femme au centre hospitalier de Versailles André-Mignot depuis 2007, est venue pour obtenir une reconnaissance, elle qui estime son métier « peu considéré par le gouvernement ». Elle rappelle que le rôle des sages-femmes ne se limite pas au suivi de la grossesse et à l’accouchement. « On est peu reconnues parce qu’on est des femmes qui s’occupent des femmes », résume-t-elle, ajoutant qu’elles sont les grandes oubliées du Ségur de la santé, où elles ont obtenu une revalorisation de 183 euros net par mois, une prime similaire à celle accordée aux professions non médicales.

« On est peu reconnues parce qu’on est des femmes qui s’occupent des femmes », résume Agnès Tanguy, sage-femme au centre hospitalier de Versailles André-Mignot depuis 2007.

Défiler contre l’impunité

La mobilisation du 8-Mars s’inscrit cette année dans le sillage de nombreuses accusations d’agressions sexuelles impliquant le politologue Olivier Duhamel, les acteurs Richard Berry et Gérard Depardieu, le présentateur Patrick Poivre d’Arvor ou encore le président du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) Dominique Boutonnat. « Je suis dans la rue pour dire aux femmes que je les crois », résume Samantha, aide-soignante de 25 ans dans une maison de retraite, évoquant les témoignages publiés sous le mot-dièse #metooinceste.

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Alors que le cortège descendait le boulevard Saint-Michel, de nombreux manifestants se sont arrêtés devant l’université de la Sorbonne, pour rappeler que ces dernières semaines ont été marquées par des accusations de violences sexuelles dans l’enseignement supérieur.

Maryam Pougetoux, vice-présidente de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), appelle le ministère de l’enseignement supérieur à dégager des moyens pour mettre en place des cellules d’écoutes dans les universités : « Lorsque les femmes parlent, elles ne sont pas écoutées et c’est elles qui doivent partir. » Pour la jeune femme de 22 ans, « cette manifestation est l’occasion pour les étudiants de se retrouver, après une année marquée par la fermeture des campus et les cours à distance ».

Dans le défilé, les manifestants âgés de 15 à 25 ans sont majoritaires. On danse sur Angèle et Aya Nakamura. Nombreux ont revêtu leurs manteaux, bonnets, doudounes, foulards violets, couleur non genrée, mélange de bleu et de rose. Avec son gilet violet, Monique, 75 ans, « qui manifestera jusqu’à son dernier souffle », prend des photos des jeunes militantes face à elle. Celle qui a participé aux mouvements en faveur de l’IVG constate : « les manifestantes sont très jeunes, il y a même quelques hommes, c’est réjouissant ! »

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Devant le palais de justice, Gabrielle, contemple le cortège qui vient de s’arrêter pour scander des slogans mettant en cause différentes personnalités accusées de viol. Du haut de ses 10 ans, elle s’écrie : « Il faut que les hommes arrêtent de se sentir agressés et comprennent que les femmes ont autant de droits. »

Gabrielle, 10 ans : « C’est très bien. Mais qu’il faut que les hommes arrêtent de se sentir agressés et comprennent que les femmes ont autant de droits ! »

La nomination de Gérald Darmanin est dans tous les esprits. « Quand Emmanuel Macron justifie cette nomination en disant qu’il a parlé avec Gérald Darmanin d’homme à homme, cela en dit long sur la façon dont le gouvernement prend en charge la cause des femmes », lance Audrey Pulvar, élue socialiste à la Mairie de Paris et candidate aux régionales en Ile-de-France.

Nadège Beausson-Diagne qui a lancé le mouvement #memepaspeur se réjouit : « La crise sanitaire n’a pas empêché la libération de laparole et l’écoute qu’elle nécessite. »

L’actrice et militante Nadège Beausson-Diagne, qui est de toutes les mobilisations du 8-Mars, évoque elle aussi la nomination du ministre de l’intérieur comme illustration de l’impunité dont bénéficient les hommes politiques concernant les accusations de viol.

Victime de harcèlements et d’agressions sexuelles lors de tournages en Afrique, l’actrice française qui a lancé le mouvement #memepaspeur se réjouit : « La crise sanitaire n’a pas empêché la libération de la parole et l’écoute qu’elle nécessite. »

Accompagnée de l’actrice Adèle Haenel et de la réalisatrice Céline Sciamma, elle dénonce la remise du trophée d’honneur du film français à Dominique Boutonnat, malgré « le sursaut » opéré par son amie Adèle Haenel lors des Césars 2020.

Pour Alice Coffin, élue écologiste au Conseil de Paris, « si cette année constitue un basculement dans la prise de conscience des violences sexuelles », notamment avec le retrait de Roman Polanski comme membre des Césars ou la démission de Christophe Girard au Conseil de Paris, « le système patriarcal se renforce en face ». « Il n’y a pas de remise en cause malgré un mouvement féministe qui prend une ampleur considérable », regrette-t-elle, avant de prévenir : « Les mois à venir promettent d’être conflictuels. »

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Nakodal

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