International

en Irak et en Syrie, les victimes perdues du djihad

0


Plus de 21 000 enfants irakiens n’ont pas été autorisés à revenir dans leur pays.

FRANCE 5 – MARDI 18 MAI À 20 H 50 – DOCUMENTAIRE

Le califat autoproclamé de l’organisation Etat islamique (EI) a fait long feu, mais il a ouvert des plaies béantes au sein de la société irakienne qui, des années après sa chute en Irak et en Syrie, peinent à se refermer. La haine qui anime les victimes de l’EI face à leurs anciens bourreaux est inextinguible ; la marginalisation que subissent les familles des djihadistes de la part de l’Etat et de la société alimente leur désir de vengeance. De cette impossible réconciliation, les enfants sont une fois encore les premières victimes.

Lire aussi : En Syrie, Rakka, meurtrie, peine à se reconstruire

De Mossoul, métropole du nord de l’Irak où le califat fut proclamé en 2014, à Rakka, la capitale de l’EI en Syrie, la réalisatrice Anne Poiret est allée à la rencontre de ces enfants de djihadistes et enfants-soldats de l’EI. Lauréate du prix Albert-Londres 2007 et autrice d’un documentaire remarqué sur la reconstruction de Mossoul, elle donne à comprendre, dans toute sa complexité, le sort de ces « enfants de Daech, les damnés de la guerre » que la société irakienne rejette.

Lire aussi : « Mossoul, après la guerre » ou la lente reconstruction de la métropole irakienne

Au milieu des décombres de Mossoul, où la reconstruction est au point mort, les familles de l’EI vivent en vase clos, stigmatisées par leurs voisins. Comme pour des dizaines de milliers d’enfants de djihadistes, l’Etat refuse de donner des papiers d’identité à Yasser, le fils âgé de 6 ans d’un cadre de l’EI qui a été tué. Sans existence légale, il ne peut ni être soigné, ni recevoir une aide alimentaire ou une éducation, et subit les brimades des enfants du quartier. Des mères se démènent, avec l’aide d’avocats, pour obtenir ces documents, mais toutes ne sont pas prêtes à accepter de renier leur mari – emprisonné, disparu ou tué – pour cela.

Devenir « martyr »

Ceux qui, enfants ou adolescents, sont eux-mêmes accusés d’appartenance à l’EI dans des centres de détention pour mineurs, ne bénéficient d’aucune prise en charge. C’est le cas du centre de Tel Kaif, près de Mossoul, auquel la réalisatrice a eu accès. « Les détenus qui adhèrent encore aux idées de l’EI peuvent exploiter cela pour recruter une seconde fois, avertit Raed Al-Maslah, le président du tribunal de Tel Kaif. Pour moi, ce sont des victimes de l’EI et de la société. Si on ne peut pas leur fournir un endroit correct pour dormir, comment veut-on les rééduquer et les réintégrer dans la société ? » Et rares sont les ONG qui, à l’instar de Heartland Alliance à Mossoul, accompagnent les enfants et adolescents à leur sortie de prison.

Plus de 21 000 enfants irakiens n’ont pas même été autorisés à revenir dans leur pays. Dans le camp de Al-Hol, dans le Nord-Est syrien, où s’entassent 62 000 réfugiés, ils sont maintenus dans l’endoctrinement du groupe djihadiste, nourrissant l’espoir de se venger un jour et de devenir « martyr ». « C’est toute une génération. Ça poussera ces enfants à rejoindre une nouvelle organisation et ce sera plus violent que ce que l’on a vu, avertit Tarek, 17 ans. Moi, je suis en train de le payer, c’est trop tard. Je demande au gouvernement irakien d’engager une réconciliation nationale, que les enfants puissent rentrer et qu’on tourne la page. »

Les seuls qui ont pu revenir sont les yézidis, une communauté religieuse dont les djihadistes ont tué les hommes, réduit les femmes et les filles à l’esclavage sexuel et embrigadé les garçons comme enfants-soldats. Libéré des griffes de l’EI après la guerre, Mahar, 16 ans, jadis candidat au martyre, se reconstruit difficilement auprès de sa famille. Ferdous, elle, a dû se résigner à la clandestinité pour pouvoir vivre avec sa fille, née d’une union forcée avec un djihadiste saoudien, contre l’avis de sa communauté.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Le périlleux retour des yézidis en Irak

Enfants de Daech, les damnés de la guerre, documentaire d’Anne Poiret (Fr., 2021, 70 min). Diffusé dans le cadre de l’émission « Le Monde en face », présentée par Marina Carrère d’Encausse.



Source link

Nakodal

En Russie, les partisans d’Alexeï Navalny bientôt exclus du scrutin aux élections législatives

Previous article

la réforme de l’assurance-chômage en six questions

Next article

You may also like

Comments

Leave a reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.