Justice

l’ancien président Ould Abdel Aziz inculpé pour corruption

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L’ancien président de la Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz, lors de la cérémonie de prestation de serment de son successeur à Nouakchott, le 1er août 2019.

L’ex-président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz et une dizaine de hautes personnalités – un de ses gendres, deux anciens premiers ministres et plusieurs anciens ministres et hommes d’affaires – ont été inculpés, jeudi 11 mars, à Nouakchott pour corruption et placés sous contrôle judiciaire, rapporte une source judiciaire. Le juge d’instruction a ainsi suivi les réquisitions du procureur Ahmedou Ould Abdallahi.

L’un des avocats de l’ancien président, Me Mohameden Ould Icheddou, a confirmé l’information. Son client « a refusé de répondre aux questions du juge, s’en tenant à l’immunité que lui confère la Constitution en son article 93 », a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse (AFP).

Le juge précisera prochainement les conditions du contrôle judiciaire, a précisé la source judiciaire proche de l’enquête et s’exprimant sous le couvert de l’anonymat en raison de la confidentialité et de la sensibilité des investigations. Le procureur a requis un contrôle judiciaire « poussé ».

Une « longue » liste de chefs d’inculpation

Après plus de dix ans au pouvoir entre 2008 et 2019, ces réquisitions représentent une nouvelle étape de la chute de M. Ould Abdel Aziz depuis l’arrivée de son successeur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, son ancien chef de cabinet et ministre dont il avait pourtant préparé l’accession à la présidence. M. Ould Abdel Aziz crie au « règlement de comptes ». Son successeur a constamment invoqué l’indépendance de la justice.

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« La liste des chefs d’inculpation dressés contre lui par le parquet et sur lesquels le juge d’instruction doit statuer et enquêter est longue », a affirmé une source proche du parquet qui s’exprimait sous le couvert de l’anonymat en raison de la confidentialité et de la sensibilité des investigations. Elle « comporte notamment la corruption, le blanchiment d’argent, l’enrichissement illicite, la dilapidation de biens publics, l’octroi d’avantages indus et l’obstruction au déroulement de la justice », selon la même source.

La justice est saisie depuis août 2020 du rapport d’une commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur des faits présumés de corruption et de détournement de fonds publics pendant les années de pouvoir de M. Ould Abdel Aziz. La commission s’est penchée sur plusieurs aspects : gestion des revenus pétroliers, vente de domaines de l’Etat, liquidation d’une société publique assurant l’approvisionnement du pays en denrées alimentaires ou activités d’une société chinoise de pêche.

Convocation d’une kyrielle de personnalités

Au terme d’une enquête préliminaire transmise au parquet début mars, la procédure s’est accélérée avec la convocation en début de semaine d’une kyrielle de personnalités dans les locaux de la police à Nouakchott, dont l’ancien chef de l’Etat. Celui-ci a été entendu mercredi par le procureur. « Il s’agit de traîner tout un système et ses hommes devant la police et de souiller leur honneur », s’est ému le collectif d’avocats qui le défend, dans un communiqué publié au moment de son transfert de la police au parquet. Fidèle à sa ligne de défense, M. Ould Abdel Aziz a refusé de collaborer et a passé la nuit dans les locaux de la police où il avait été ramené, rapporte son entourage.

Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat militaire, M. Ould Abdel Aziz a été élu en 2009 et réélu en 2014 président de ce pays pauvre d’Afrique de l’Ouest de 4,5 millions d’habitants. M. Ghazouani, son dauphin, a été élu à sa succession en juin 2019. Depuis, l’ex-président a perdu en décembre 2019 la direction de l’Union pour la république (UPR), parti qu’il a fondé. En août 2020, il a été interrogé plusieurs jours par les policiers et est ressorti privé de son passeport. Il « s’attache toujours à l’immunité que lui accorde la Constitution en tant qu’ancien président », a dit à l’AFP l’un de ses avocats, Me Mohameden Ould Icheddou.

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Si le procureur n’a pas requis le placement sous mandat de dépôt de l’ancien président et des autres suspects, c’est en raison de la longueur prévisible des investigations, a dit le parquet. Il a aussi invoqué les modalités de récupération des biens publics spoliés selon lui, sans préciser en quoi un mandat de dépôt aurait compliqué cette récupération.

L’enquête financière menée parallèlement à celle de la police a permis d’identifier et de geler ou saisir des sociétés, des immeubles et appartements, des parcs de véhicules, des sommes d’argent, rien qu’en Mauritanie, dit le parquet. Ces biens sont évalués sommairement autour de quelque 96 millions d’euros, dont 67 millions revenant à l’un des suspects et 21 au gendre de celui-ci, dit le parquet sans préciser s’il fait référence à l’ex-président et son gendre.

Le Monde avec AFP



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