Justice

Le rappel de Karim Benzema, un coup tactique à plusieurs bandes

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La dernière sélection de Karim Benzema remonte au 8 octobre 2015, face à l’Arménie, contre laquelle l’attaquant français inscrira un double.

En prenant tout le monde à revers, en faisant un choix qu’on ne lui reprochait plus vraiment de ne pas faire, Didier Deschamps savait qu’il allait enfin jouer à sa main, au moment qu’il avait choisi, sur un terrain où il avait jusque-là seulement opposé l’inertie de son refus. Le rappel de Karim Benzema en équipe de France est un joli coup tactique, à plusieurs bandes.

Les performances exceptionnelles du Madrilène cette saison lui avaient certes remis un peu de pression. On suggérera, avec un peu de malice, que ce ban prolongé a contribué à motiver le joueur, en une manière de donner tort au sélectionneur. Pour autant, sa non-sélection aurait été un non-événement, tant elle semblait acquise.

Ce retour obéit sans doute à une logique sportive, c’est-à-dire, pour l’équipe de France, à une nécessité à laquelle Deschamps se serait rangé au nom de son fameux « pragmatisme ». Cependant, comme lui-même l’a rappelé, la sélection a toutefois remporté la Coupe du monde sans Benzema. Une attaque composée de Griezmann, Mbappé et Giroud n’a pas dramatiquement besoin d’être renforcée.

Benzema serait resté ce joueur sacré à Madrid, perdu pour la France, inépuisable sujet de controverses qui n’a pas seulement divisé les amateurs de football, mais aussi servi de prétexte aux passions mauvaises : point de fixation des psychodrames identitaires nationaux, on lui a toujours reproché bien plus de torts qu’il n’en a eu.

Deschamps, le grand réconciliateur

En le convoquant, Didier Deschamps coupe l’herbe sous le pied de ceux qui faisaient de ce bannissement un élément à charge contre lui. Il suscite un large consensus, à peine troublé par les épanchements d’éditorialistes et d’élus d’extrême droite. Deschamps, grand réconciliateur d’une France déchirée, et grand bénéficiaire de l’opération.

Certains lui prêtent, à demi-ironiquement seulement, l’arrière-pensée de se couvrir en cas d’échec sportif. Ils exagèrent son machiavélisme. Si roué soit-il, il n’est pas homme à prendre une décision potentiellement nuisible à l’équipe et à la cohésion du groupe. Ce n’est pas Raymond Domenech, pour le dire autrement.

Simplement, l’entraîneur s’estime en position de force pour gérer ce retour en interne et son impact général sur l’opinion. Au moment où le statu quo lui serait reproché en cas d’échec, où sa gestion des Bleus pourrait s’émousser dans la routine et ses cadres s’amollir dans le confort, il secoue le panier et rappelle son pouvoir.

« Pour moi, Didier sera gagnant dans tous les cas. Il est très malin par rapport à ça. Je n’attends rien de Didier, rien de personne. » La réaction de Mathieu Valbuena sur RMC a rappelé qu’il n’était pas question que de politique. Valbuena, joueur irréprochable de l’équipe de France entre 2012 et 2015, première victime de l’affaire qui a tout déclenché, n’aura plus jamais porté le maillot bleu.

Karim Benzema a joué les intermédiaires dans une tentative d’extorsion sur son coéquipier – de bonne foi et pour aider, selon sa défense, mais de manière si ambiguë qu’elle a justifié une mise en examen pour « complicité de tentative de chantage ». Le tribunal correctionnel de Versailles jugera l’affaire en octobre, mais, quel que soit le verdict judiciaire, le volet moral restera problématique.

L’amnistie, avec une dose d’amnésie

Loin d’assumer une erreur, sinon une faute, l’attaquant du Real a ensuite reproché à Deschamps d’avoir « cédé sous la pression d’une partie raciste de la France », s’est replié dans une position de victime certes efficace auprès de ses supporteurs, mais très ingrate envers celui qui l’avait soutenu quand il était sur la sellette, et peu digne quand le joueur « likait » des messages insultants sur les réseaux sociaux.

On ne sait pas si l’un a présenté ses excuses à l’autre, ni comment le différend a été abordé et réglé entre eux… pour être finalement effacé. Leurs échanges sont restés confidentiels ; leur communication, minimale et convenue. On passe l’éponge, on lessive le passif : l’amnistie, avec une dose d’amnésie.

A chacun de déterminer s’il s’agit d’une réhabilitation ou d’une remise de peine. Les uns y voient de la justice sportive et la récompense du « mérite » sur le terrain, qui seul devrait compter. Pour d’autres, la morale de l’histoire sera que les plus forts ne sont pas vraiment comptables de leurs actes.

Il n’est pas étonnant que Didier Deschamps, qui a connu l’OM de Tapie et la Juventus du docteur Agricola, soit partisan du droit à l’oubli – après tout, ce dernier est parfois nécessaire pour avancer. L’arrangement profite à ses deux protagonistes, et théoriquement à l’équipe de France. On le vérifiera sur le terrain, avec plus d’excitation que d’arrière-pensées.

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Nakodal

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