Justice

le récit d’une inévitable catastrophe

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Par Benoît Hopquin

Publié hier à 19h00, mis à jour à 07h58

Le vendredi 11 mars 2011, à 14 h 46 heure locale, un séisme de 9,1 sur l’échelle de Richter survient à 130 km au large des côtes nord-est de l’archipel du Japon. Un puissant tsunami frappe ensuite la façade Pacifique. Une lame atteignant jusqu’à 30 m de haut provoque la mort de 18 000 personnes.

La nature renvoie une nouvelle fois nos sociétés à leur fragilité et à leur inconscience. A 15 h 41, quand la mer envahit la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi, les défenses jugées solides, voire imparables, sautent une à une. Les scientifiques perdent tout contrôle de leur créature. La catastrophe place cette fois l’être humain face à sa morgue.

Au moment du tremblement de terre, les trois réacteurs en service, les plus anciens des six que compte la centrale, obéissent conformément aux plans de sécurité. Ils se mettent automatiquement à l’arrêt. Les réacteurs à eau bouillante (REB) Mark 1 de General Electric, inaugurés à partir de 1971 par la société privée Tokyo Electric Power Company (Tepco), s’avèrent autrement fiables et dociles que les équipements soviétiques de Tchernobyl qui ont failli vingt-cinq ans plus tôt, en avril 1986.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi « Nous sommes arrivés dans l’épicentre des catastrophes japonaises peu après minuit » : mars 2011, sur la route de Fukushima

La résistance des installations à ce méga-séisme surpasse même les attentes et les calculs des ingénieurs. Elle justifie pleinement la confiance des sachants et discrédite ceux qui sont si prompts à emboucher les trompettes de l’Apocalypse. Que connaissent-ils, ces militants bornés ou ces riverains apeurés ? D’ailleurs, en 1992, un arrêt de la Cour suprême du Japon a sagement refusé aux citoyens le droit de contester l’installation de centrales. Compte tenu de la complexité du sujet, seuls les experts et le gouvernement sont en capacité de juger de la pertinence d’un réacteur, a tranché l’instance judiciaire.

Sérénité de courte durée

Dans la salle de commande de Fukushima Daiichi, la sérénité ne dure qu’une demi-heure. Lorsqu’un raz-de-marée haut de 15 m submerge des digues prévues pour des vagues maximales de 5,70 m, l’eau de mer envahit les installations. Elle coupe l’alimentation électrique et noie les générateurs diesel de secours, provoquant la panne du système de refroidissement. La température se met alors à grimper rapidement dans la cuve des réacteurs 1, 2 et 3, mais également à l’étage au-dessus. Là, dans les piscines où sont entreposés les combustibles usagés, l’évaporation menace de mettre à l’air libre des matières hautement contaminées.

Sur le site de Takata Matsubara, le Mémorial du tsunami, à Rikuzentakata, le 1er mars.

A peine cinq heures après l’inondation, le cœur du réacteur numéro 1 entre partiellement en fusion. Mélangé avec le zirconium des gaines d’alimentation, il forme un magma porté à 2000 °C, baptisé corium, qui attaque l’enceinte de confinement en acier et en béton. Dans les trois jours suivants, les réacteurs 2 et 3 entrent à leur tour en fusion. Il faudra cependant attendre la fin du mois de mai pour avoir la confirmation officielle de cet enchaînement que la plupart des spécialistes internationaux redoutaient d’emblée.

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