Politique

L’Etat mis à nu (par Mame Ami Fall)

0


La Constitution de Ndoumbélane est celle d’un Etat fort. Elle met en selle un Etat sûr de lui, apte à régler tous les problèmes de sa population. Il s’agirait d’un Etat protecteur, régulateur et surtout présent. Le modèle sénégalensis copié de la France s’est construit sur l’idée à la fois d’une supériorité et d’une centralité de l’État. Plus encore qu’ailleurs, l’État est le socle sur lequel la nation s’est construite. Il en constitue la matrice et l’une des principales forces agissantes. Situé au-dessus des intérêts particuliers, cet État est au centre de l’ordre politique, économique, social ; il est au cœur de l’imaginaire collectif ; son nom est historiquement associé à la réalisation concrète de la promesse républicaine.C’est ainsi qu’il est possible de saisir notre représentation du « service public » : l’apparition de la théorie du service public traduit « l’effort conduit au niveau politique pour consolider le pacte républicain en le fondant non seulement sur le suffrage universel et la démocratie représentative, mais aussi sur le développement de la solidarité ». Le « service public » est conçu en France comme un mode d’organisation de la société mettant l’accent sur l’importance du lien social et de la justice sociale.

L’Etat représentait d’abord une idée qui jouit d’une aura « providentielle ». Le fait même d’écrire l’Etat avec un E majuscule depuis l’élémentaire inscrivait dans notre imaginaire d’enfant l’image d’un Etat magique, une conception à la fois irréelle et exempte de tous tares et défaillances.

200 millions FCFA à titre de dommages-intérêts pour Amadou Sarr Gningue : Les étudiants préviennent l'Etat du SénégalSélectionné pour vous : 200 millions FCFA à titre de dommages-intérêts pour Amadou Sarr Gningue : Les étudiants préviennent l’Etat du Sénégal

Hélas, cet Etat est mis à nu par l’incompétence et l’arrogance de nos gouvernants. Un questionnement qui fait directement écho au « paradoxe étatique » auquel le pays est confronté. D’un côté, face au contexte sanitaire, économique et sociale, les citoyens en ont appelé instinctivement à un Etat protecteur, instance de premier et de dernier recours, tandis que le président de la République n’a pas hésité à remobiliser la figure de l’Etat social combiné à un discours martial sur la souveraineté et l’autorité de l’Etat. De l’autre, ce même Etat s’est montré vulnérable, faillible et en partie incapable de répondre aux besoins exprimés par ses citoyens ; si ses agents se sont montrés digne de leur mission de service public, la défaillance de nombre de ses dirigeants politiques et bureaucratiques affecte l’imaginaire collectif d’un État omniscient et omnipotent. Résultats des courses : absence de réponses en général et réponses inadéquates par exception .

Derrière les incohérences et contradictions de la communication officielle, une réalité implacable s’impose à nous, celle d’un État qui s’est trouvé en partie désarmé et désorganisé face à la situation actuelle du pays.
Outre l’incompétence et l’arrogance de l’Etat, la crise sociale a illustré le mode d’exercice du pouvoir d’Etat à l’œuvre sous cette République par une dévalorisation du Parlement avec un fait et une discipline majoritaires poussés à l’extrême, ainsi qu’une opposition méprisée et cantonnée. On assiste ainsi à un gouvernement qui se parodie, à travers l’accentuation de ses déficits démocratiques les plus saillants. Le Parlement n’échappe pas à la volonté de transposer la culture managériale de l’entreprise, celle-là même qui justifie une conception pyramidale de la démocratie et une accélération du rythme de travail parlementaire incompatible avec un exercice réel du travail des députés.

Les divers dispositifs de contrôle des citoyens mis en place au nom de l’état d’urgence sanitaire accentuent le spectre d’une régression démocratique. Trop puissant, le pouvoir exécutif devient tout puissant… Du moins en apparence, car ce sont bien des signes d’impuissance qu’il a manifestés tout-au-long de sa gestion. La défiance citoyenne n’est pas près de se résorber si nous ne nous interrogeons pas sur les modes de gouvernement de nos sociétés contemporaines et leur possible à l’image nos réalités et nos aspirations nouvelles.

Mame Ami Fall
Politiste



Source link

Nakodal

Face aux tueries de masse, Joe Biden s’attaque au marché des armes à feu

Previous article

Bercy se donne cinq ans pour rétablir les finances publiques après la crise

Next article

You may also like

Comments

Leave a reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

More in Politique