Justice

« L’hypercompétition sécuritaire est un poison pour la démocratie »

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Rassemblement de policiers devant l’Assemblée nationale, à Paris, le 19 mai 2021. Jordan Bardella (au centre), candidat RN en Ile-de-France.

Chronique. Les Français peuvent être heureux. C’est l’une des leçons du déconfinement progressif qui a commencé, mercredi 19 mai, avec la réouverture des terrasses, commerces et lieux de culture. Après des mois d’angoisse et de scepticisme, ils ont exprimé le plaisir de se retrouver, la joie de goûter à nouveau à une vie presque normale. Les sondages qui, pendant des mois, ont reflété leur défiance à l’égard tant de la vaccination que de l’action du gouvernement ont changé, montrant à quel point leur humeur était indexée sur l’évolution de la pandémie. Désormais, 65 % des Français disent vouloir se faire vacciner, selon un sondage réalisé pour le Cevipof et publié dans Le Monde samedi 22 mai. Cinq mois plus tôt, les antivaccins dominaient. Dans le baromètre IFOP-JDD du 23 mai, 40 % se déclarent satisfaits de l’action d’Emmanuel Macron, soit un gain de 3 points en un mois.

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Mercredi 19 mai, au beau milieu de ce joyeux retour à la vie, s’est déroulé aux portes de l’Assemblée nationale un événement lourd de menaces. Des policiers sont venus crier leur colère après le meurtre de l’un des leurs et l’attaque au couteau qui a coûté la vie à une fonctionnaire administrative d’un commissariat de Rambouillet (Yvelines). Installés sur des tréteaux, leurs syndicats ont fait assaut de surenchère en demandant le rétablissement des peines planchers. L’un d’entre eux s’en est pris à la justice, au garde des sceaux qui devait défendre quelques heures plus tard son projet de loi « pour la confiance dans l’institution judiciaire ».

Image désastreuse de la représentation nationale

Au milieu des manifestants, venus témoigner de leur « émotion », le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, mais aussi des représentants des partis politiques de droite et de gauche, venus disputer à l’extrême droite la récupération du malaise. Tout cela donnait une image désastreuse de la représentation nationale, embarquée dans une surenchère syndicale qui contestait quelques-uns des grands principes de l’Etat de droit : séparation des pouvoirs et individualisation des peines.

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De quoi la campagne présidentielle de 2022 sera-t-elle faite ? D’une surenchère sécuritaire du même acabit que celle qui avait prévalu en 2002 et qui s’était terminée par un face-à-face entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen, ou d’une renaissance postpandémie ? La pente la plus naturelle est d’exploiter au maximum le filon sécuritaire. La droite, mal remise de sa défaite de 2017, s’y emploie avec passion durant cette campagne des élections régionales où aucune retenue n’est de mise. Elle est persuadée que le régalien est le maillon faible du président de la République. Ce faisant, elle parvient à enfoncer un coin dans le gouvernement qui est constamment mis sous pression, tiraillé entre deux figures censées assurer la protection des Français : Gérald Darmanin d’un côté, Eric Dupond-Moretti, de l’autre.

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