International

l’illusion de vie, ou le roman de la future Mme Tussaud

0


Statue de cire de Marie Grosholtz pendant la Révolution française, au musée Madame Tussauds de Pékin.

« Petite » (Little), d’Edward Carey, illustré par l’auteur, traduit de l’anglais par Jean-Luc Pinningre, Cherche-Midi, 576 p., 23 €, numérique 14 €.

Nez aquilin, menton en galoche, hérités respectivement de sa mère et de son père, « Petite » ne parvient en taille qu’à « hauteur de cœur de bien des gens ». C’est un lutin qui a soif de s’instruire et de perfectionner son art, une Cendrillon miniature, houspillée et reléguée en cuisine. Elle n’attend pas le Prince charmant, mais un salaire. Ce petit bout de femme intrépide, passé par la case prison, aura semé, sur son passage, de merveilleux simulacres et inspiré aujourd’hui un roman sensationnel au Britannique Edward Carey.

Il y a des rencontres qui foudroient, des retrouvailles tardives et des projets s’arrogeant le droit de prendre leur temps. Telle fut la genèse de Petite. Enfant, Edward Carey a été terrifié par une visite au musée de cire Madame Tussauds, à Londres. Par la suite, abonné aux petits boulots à l’âge de 20 ans, il a protégé les mannequins de cire de toute curiosité tactile en qualité de gardien de salle. Pendant quelques mois, le futur écrivain a pu étudier la fascination qu’ils continuent d’inspirer ainsi que leur fabrication, résultant d’un artisanat raffiné. Pris de passion pour l’inventrice des lieux, il a tâtonné, cherché le ton idéal à conférer à l’ouvrage qu’il entendait lui consacrer ; compulsé des fonds d’archives, en Angleterre comme en France. Sauf que ce n’est pas Marie Tussaud (1761-1850) qui intéresse Edward Carey dans Petite, celle qui a traversé la Manche à 74 ans et ouvert, en 1835, le cabinet d’horreurs et de curiosités portant son nom sur Baker Street. Mais la femme avant son mariage, quand elle s’appelait Marie Grosholtz, et les trente-cinq premières années d’une vie ayant épousé les soubresauts de la Révolution française.

Masques mortuaires

La petite domestique native de Strasbourg a été initiée à la céroplastie par un médecin anatomiste suisse, Philip Curtius, qu’Edward Carey décrit comme un misanthrope illuminé, virtuose de la cire. « Elle est vision, elle est mémoire, elle est histoire », s’extasie le mentor à propos de cette matière malléable. Il ajoute : « Amoureuse du détail, immense imitatrice, d’une absolue sincérité. » Bientôt l’élève égale le maître. Elle compose les bustes de Benjamin Franklin, Jean-Jacques Rousseau. Au gré de ses tribulations, Marie Grosholtz croise Louis XVI et Louis-Sébastien Mercier, l’auteur de Tableau de Paris (1781). Elle duplique d’après nature une scène de crime – Marat poignardé dans sa baignoire –, fournit des effigies pour les processions révolutionnaires, moule des masques mortuaires et les visages de condamnés avant leur exécution, les guillotinés de 1793 et 1794. Des cadavres et des vivants, en buste ou en pied. Des têtes couronnées décapitées. Ses créations en trois dimensions conservent l’empreinte exacte des événements pour le grand public, avant que l’invention de la photographie ne remplisse cet office au siècle suivant.

Il vous reste 42.1% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

Nakodal

« Quand Bathily parle du Senegal écoutez – le

Previous article

l’unique suspect définitivement renvoyé devant les assises

Next article

You may also like

Comments

Leave a reply

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.