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« Seul le romanesque nous sauvera des maladies du petit magasin idéologique de l’époque »

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Joann Sfar à Paris, en 2016.

Plus loufoque, tu meurs (qui plus est d’un coup de pistolet donné par un lézard géant usurpant l’identité d’Eric Cantona). Dans Le Ministère secret (Dupuis, 64 p., 14,95 euros), Joann Sfar (au scénario) et Mathieu Sapin (au dessin) bousculent les codes de la farce et du thriller pour les besoins d’un récit rocambolesque dans lequel un certain nombre de personnalités publiques incarnent leur propre personnage. Le pitch parle de lui-même : patron d’une officine secrète d’Etat spécialisée dans la reconversion en super-héros d’anciens présidents de la République, Nicolas Sarkozy sollicite François Hollande pour lutter contre des forces du Mal qui menacent la France sous la forme d’une créature au physique de golem.

Chargé de constituer une équipe de choc, François Hollande décide d’enrôler son « ami », le reporter-dessinateur Mathieu Sapin, promu acteur et enlumineur de cette version marvelienne du Bureau des légendes. Vladimir Poutine, Donald Trump, Albert de Monaco et Greta Thunberg feront leur apparition dans ce premier tome trop burlesque pour paraître satirique – quoique… Pour La Matinale, Joann Sfar en explique la genèse.

« Le Ministère secret » ressemble à ces histoires qu’improvisent à haute voix les jeunes enfants en mêlant personnages fictifs et personnages réels. Y a-t-il de cela ?

C’est toute notre stratégie. On fait croire qu’il s’agit d’un récit de divertissement, on le publie dans un hebdomadaire belge destiné à la jeunesse (Spirou). Mais, bien entendu, tout est vrai. Il était temps que nos concitoyens apprennent l’existence de cette troisième chambre parlementaire : le ministère secret. En cela, la Ve République s’avère exemplaire, puisque même la plus mystérieuse de ses officines est dirigée démocratiquement…

En ce qui concerne le ton du récit, voilà l’histoire. Mathieu Sapin et moi nous fréquentons depuis trente ans et avons travaillé sur plusieurs versions successives de thrillers classiques, dont un projet sur Blake et Mortimer. On s’est rappelé que, à l’époque de leur parution, des séries comme Tintin ou Blake et Mortimer prétendaient traiter du vrai monde, voire informer. Puis Mathieu est devenu lui-même une sorte de Tintin reporter. A force de l’entendre me raconter des histoires ahurissantes et vraies issues de son quotidien de reporter-dessinateur, ma machine à écrire intime s’est déclenchée.

Elle s’est même emballée…

J’écris avec le plus grand sérieux. Plus c’est con, plus je m’applique. J’adore quand on me demande si c’est « au fil de la plume » ou si c’est « improvisé ». J’ai envie de répondre : « Essaie et dis-moi si ça marche. » Je suis très célinien, très « Frédéric Dardesque », et je crois qu’il n’y a rien de plus compliqué que de mettre du naturel et de la vie dans sa narration – surtout lorsqu’on prend le parti d’utiliser des syntagmes aussi amidonnés que le récitatif, la bulle, l’onomatopée. Ne vous vexez pas de ma réponse, puisque je ne me vexe pas de votre question, mais je regrette qu’on ne prenne pas l’écriture assez au sérieux lorsqu’on parle de bande dessinée. Nos pitchs sont aussi sérieux ou aussi stupides que ceux de la plupart des vrais romans d’espionnage. J’ai vraiment l’impression que si ça fait marrer, c’est malgré nous.

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